janvier 2020

Le numérique pollue

L’empreinte carbone des moyens de transports est souvent pointée du doigt, à juste titre. C’est moins le cas du numérique alors que sa contribution au réchauffement climatique n’a rien de virtuelle.
Dessin Christian Maucler

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Qui pollue le plus, qui provoque le plus de gaz à effet de serre, qui a la plus forte empreinte carbone, qui réchauffe la terre ? Les calculs sont aléatoires, et peu importe : est-il vraiment utile de pointer l'un ou l'autre, l’avion ou la voiture quand tout contribue à la détérioration générale ? Dans ce domaine, l’effet du numérique n’est pas le plus souvent cité. Il est pourtant très énergivore et fort consommateur de ressources naturelles. Il a déjà plus d’impact que l’avion et sa croissance est plus forte. Des chiffres ?  Appuyer sur le bouton de recherche de Google reviendrait à émettre 5 à 7 g de CO2. Un mail simple, 4 g – mais ce qui est problématique, ce sont surtout les mails avec pièces jointes, photos, documents. Un mail, ça va encore. Mais le nombre de mails envoyés serait actuellement de 10 milliards par h. Un SMS : 0,00215 g. Assez peu sauf si on multiplie par les milliards d’utilisateurs et là on atteint 1,4 milliard de tonnes de gaz à effet de serre en un an. Au gré des calculs, le numérique serait actuellement à l’origine de 3 à 4 % des émissions de CO2 mondiales. A lui seul, internet a une empreinte de 2 fois celle de la France et le trafic des données sur le réseau est en forte augmentation constante.
Ces émissions viennent de l’énergie utilisée par le numérique. Les centres de stockage de données ou data centers concentrent des volumes d’informations toujours plus importants, dont le traitement demande toujours plus d’infrastructures, d’entretien, d’énergie, d'eau. Même chose pour les logiciels, dont le fonctionnement requiert eux aussi une forte consommation d’énergie.
Ils ne sont pas la seule source de pollution. L’utilisation des ressources et matériaux pour fabriquer les appareils en est une autre. Elle est amplifiée par la durée de vie des appareils. Les nouvelles technologies sont un domaine particulièrement propice – et particulièrement incitatif – à l’achat compulsif : les nouveaux équipements deviennent des nouveaux besoins (dans l'ordre d'apparition, ordinateurs, portables, tablettes, objets connectés), et pour chacun d’eux les nouveaux modèles se démodent  de plus en plus vite. Faut-il vraiment avoir le smartphone dernier cri ? Faut-il vraiment avoir un ordinateur et une tablette ? Que deviennent ceux que l’on jette ?
D’après les experts du GreenIT qui viennent de publier une étude sur le sujet, l’impact sur l’environnement vient d’abord de la fabrication des équipements puis, dans l'ordre, de la consommation électrique de ces équipements, de la consommation  électrique du réseau, de la consommation électrique des centres informatiques, de la fabrication des équipements réseau et enfin de la fabrication des équipements hébergés par les centres informatiques (serveurs, etc.)
Comment faire pour réduire son impact environnemental ? C’est assez simple, comme dans tous les autres domaines, diminuer. Diminuer les achats de matériel, diminuer la présence sur internet, en consommation et en contribution, notamment les posts de photos ou vidéos. A titre d'exemple, il vaut mieux (pour la planète) regarder un film par TNT que par l'ADSL ou la fibre. Et il vaut mieux le regarder après téléchargement qu'en streaming. Mais il vaut mieux ne pas le regarder... Regarder une heure de vidéo sur une tablette ou un smartphone consomme d’avantage d’électricité qu’un réfrigérateur pendant une année. La vidéo Gangnam Style, visionnée 2,7 milliards de fois sur la planète, a induit une demande d’électricité équivalente à la consommation annuelle d'une petite centrale.
Deux nouvelles pour finir. La bonne : en optimisant la consommation et la production, en dématérialisant, en partageant facilement les connaissances, le numérique favorise cependant la diminution de l’empreinte carbone et l’efficacité énergétique dans de nombreux domaines. La mauvaise s’appelle effet rebond, bien connu des économistes : ce faisant, il favorise la diminution des prix et la hausse de la consommation. Donc l'empreinte carbone.
En savoir plus
Etude greenit

digitalfortheplanet.com

theshiftproject.org

Chiffres
En 2019, l’empreinte environnementale du numérique mondial était de l’ordre de :6 800 TWh d’énergie primaire (EP)
1 400 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES)
7,8 millions de m3 d’eau douce (Eau)
22 millions de tonnes équivalent antimoine (ADP, soit l’épuisement des ressources naturelles non renouvealbles).

24 gestes à faire
Diminuer sa présence sur le net
Contrôler son usage des outils numériques (évaluation du temps passé, monitoring)
Nettoyer sa messagerie
Se désabonner des newsletters que l'on ne lit pas
Ne pas installer ou désinstaller applications et logiciels non utilisés
Désactiver les notifications
Recycler les appareils électroniques plutôt que de les jeter
Paramétrer ses appareils en mode économie d’énergie
Limiter le stockage et  l’usage du cloud
Limiter le visionnage de vidéos sur internet.
Limiter l’usage de la 4G
Éteindre sa box quand elle n’est pas utilisée
Baisser la luminosité de son écran
.Activer la protection contre le pistage en mode strict car les services qui pistent les données engloutissent une quantité d’informations gigantesque. Sur presque tous les sites web que vous visitez, vos données sont transmises à des dizaines, voire des centaines d’entreprises. En activant cette protection en mode strict, vous bloquez le transfert de ces données, ce qui signifie que vous consommez moins d’énergie.
Réutilisez vos recherches
Il s’avère qu’un nombre très important de termes de recherche (les mots que vous tapez dans un moteur de recherche) sont d’ordre navigationnel : vous ne cherchez pas pour trouver quelque chose, mais pour aller quelque part où vous avez l’habitude de vous rendre. Par exemple, vous cherchez le terme Twitter plutôt que de vous rendre directement sur Twitter. En effectuant une recherche plutôt que de vous rendre directement sur le site, vous envoyez des informations depuis votre navigateur vers les serveurs d’un moteur de recherche qui à leur tour envoient une liste de résultats vers votre navigateur. Ce processus anodin mais superflu a un impact sur votre empreinte carbone. 
Bloquez la lecture automatique des vidéos. Le navigateur Firefox permet dans sa dernière version de bloquer par défaut la lecture automatique de toutes les vidéos. Ainsi, vous faites un geste pour la planète tout en évitant de réveiller la personne qui dort à vos côtés ou de surprendre vos collègues de bureau avec les sons qui s’échappent inopinément de votre ordinateur.
Utilisez le mode veille avec discernement. Un ordinateur en veille utilise encore 20 à 40 % de sa consommation en marche. Autant l’arrêter le plus souvent possible !
Evitez les économiseurs d’écran avec des graphismes en 3D. Ne les confondez pas avec les économiseurs d’énergie qui assurent des économies conséquentes quand l’ordinateur est en veille.
Pour limiter la consommation énergétique des courriels : 
- Réduire le nombre de destinataires au minimum utile : soustraire un destinataire permet de gagner 6 g équivalent CO.
- Envoyer plutôt des documents faciles à lire et rapides à consulter
- Optimiser la taille des documents  (fichiers compressés, images et PDF basse résolution, lien hyper-texte à la place d’un document...).
- Supprimer les pièces jointes attachées au message quand je réponds.
- Limiter le temps de stockage des mails et des pièces jointes..
- Eviter les envois avec des documents très volumineux

Selon GreenIT, « quelques mesures simples permettraient de réduire considérablement (de 27 à 52 %) l’empreinte environnementale du numérique : réduire le nombre d’objets connectés en favorisant leur mutualisation et leur substitution, réduire le nombre d’écrans plats, augmenter la durée de vie des équipements, réduire les besoins des services numériques via leur écoconception.

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