Parler d’inclusion sans inclure internet alors que c’est désormais une part prépondérante de nos vies a-t-il un sens ? Qui connaît le RGAA (1) ? Ce référentiel découle de l'obligation d'accessibilité imposée par la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Le RGAA compte 106 critères devant permettre aux personnes malvoyantes, malentendantes, sourdes, aveugles, dyslexiques, daltoniennes, sujettes à l’épilepsie photosensible ou aux troubles de l’attention d’avoir le même accès que chacun aux services du net.
« Cela représente 14 millions de personnes en France, 1 milliard dans le monde » souligne Antoine Bouet. Ce chef d’entreprise est bien au fait de la situation. C’est même ce qui l’a incité à quitter son emploi pour créer
AccessProd à Besançon.
« J’ai été sensibilisé à l’accessibilité numérique quand j’étais développeur web. J’ai pris conscience que le métier que je faisais laissait beaucoup de gens sur le bord. Je voulais trouver un travail en ce sens, mais comme il n’existait pas, j’ai fini par le créer ». Alors qu’internet pourrait être un moyen d’accès à l’autonomie, il ressemble plutôt à un obstacle.
« Un site doit marcher pour tout le monde. Or les personnes empêchées doivent adopter des méthodes de compensation pour faire quand même. Moins de 1 % des sites sont accessibles à 100 %. Quand on parle de fracture numérique, ça commence ici » constate Antoine Bouet qui signale également que la qualité technique du web s’est effondrée.
Depuis 2018,
AccessProd est la seule entreprise de la Région à proposer des audits et des recommandations pour adapter les sites. Aujourd’hui, la startup compte 5 salariés, ce qui peut sembler peu vu le sujet.
« Nous sommes une société de conseils. Nous expliquons ce qu’il faut faire pour corriger un site après l’avoir testé en fonction des normes RGAA, mais nous ne faisons pas nous-mêmes les modifications ».
Pour l’instant, l’injonction d’accessibilité s’adresse aux entreprises de plus de 250 millions d’euros de chiffres d’affaire, aux sites de service public, aux administrations d’État et aux collectivités territoriales. Dernièrement, une première condamnation est tombée. Elle concerne Carrefour France qui atteint pourtant 71 % des critères. En rappel de la loi, le code de la consommation impose que les sites et les applications de commerce soient
« perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes ».
Les adaptations peuvent profiter au plus grand nombre.
« Par exemple, le critère des sous-titres sur les vidéos est important quand on sait que 80 % des vidéos sont lues sans le son. C’est comme un ascenseur : il profite à d’autres personnes que ceux qui en ont réellement besoin ». Quant aux entreprises commerciales, elles se privent elles-mêmes d’une clientèle potentielle.
« Dans le monde, l’empêchement d’achat induit représenterait 7 milliards de chiffre d’affaires ».
S.P.
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