novembre 1994

Dr Curtet : « On ne devrait pas incarcérer les drogués »

Depuis 25 ans, ce médecin travaille auprès des toxicomanes et au niveau de la prévention. Un homme d'expérience, qui a déjà créé deux associations.
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Quel est votre travail par rapport à la drogue ?
J'ai travaillé avant tout au niveau de la prise en charge mais aussi sur d'autres terrains, notamment en prison et avec des magistrats. Assez rapidement également dans le milieu de l'école, des lycées. En 79, j'ai créé le «Trait d'union», centre de soin, de consultation, de postcure avec un travail important dans les maisons d'arrêt de la région parisienne. Depuis 3 ans, j'ai laissé à mon assistant la charge de ce centre, en me disant qu'un retard considérable s'est installé dans la prévention. Donc j'ai créé une nouvelle association, «Grande écoute», qui a pour but la prévention grand public des conduites toxicomaniaques.

Pensez-vous que la prison est un moyen de thérapie ?
Aucunement. La prison n'est en aucun cas un lieu thérapeutique. Je ne dis pas qu'il ne faut jamais mettre quelqu'un en prison : pour celui qui a commis un délit de droit commun, il est important que la loi s'applique, protège la société s'il risque de nuire. Mais ce n'est pas un lieu thérapeutique. Le maximum que puisse obtenir un toxicomane en prison, c'est d'être sevré sur le plan physique. Comme la toxicomanie pose des problèmes d'ordre socio-psychologique intenses que la personne a cru résoudre avec la drogue, ce sevrage physique est totalement insuffisant. Nous avons des gens enprison et sevrés physiquement. Mais la nécessité de se droguer et les raisons pour lesquelles ils se droguent sont restées les mêmes et bien évidemment ne vont pas être résolues en prison.

Est-ce que la prison peut-etre incitative ?
Incitative à la drogue, je ne sais pas ; mais incitative à l'exclusion, oui. C'est vrai qu'il y a un rôle de pourrissoir de la prison qui fait que si on y passe du temps, on peut y acquérir « la haine » comme ils disent et puis les techniques pour pouvoir faire des casses... Il est important de maintenir un interdit sur les drogues, parce que c'est un rempart sur lequel on peut prendre appui pour aider les gens, mais je crois que ceux qui transgressent cet interdit, c'est-à-dire les usagers de drogues, ne devraient jamais être incarcérés. Le grand changement devrait être là, au niveau de la loi : que l'usage de drogue ne puisse jamais être sanctionné par une incarcération.

La prison peut-elle être préventive par la crainte qu'elle inspire ?
Je n'y crois pas du tout. Vous savez, quand quelqu'un est vraiment toxico et vraiment va mal, il joue tous les jours avec la prison, il joue tous les jours avec la mort. Donc la prison n'est absolument pas quelque chose qui va l'empêcher de rentrer dans cette conduite.

Votre avis sur la dépénalisation ?
Je pense que c'est une erreur parce qu'il faut être conscient que la drogue, dans la quasi-totalité des cas des usagers d'héroïne et même dans au moins 10 % des cas des usagers de cannabis, traduit une souffrance, un malaise qu'on s'imagine résoudre avec la drogue. Or la seule réalité de la drogue est qu'elle ne résoud rien. Si vous ne pénalisez plus, ça veut dire qu'il n'y aura plus personne pour dire à ceux qui s'imaginent qu'ils vont résoudre quelque chose avec la drogue : «Ecoutez, là vous êtes dans une mauvaise voie, peut-être qu'il y a d'autres manières possibles, sur le plan social, sur le plan thérapeutique, il ya des gens, des animateurs, des éducateurs, des médecins qui peuvent vous aider». On n'aurait donc plus ce point d'appui permettant de donner cette réponse. Je crois qu'il faut garder l'interdit, non pas pour sanctionner, mais pour aider.

S.P.

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Santé : « À chaque situation, son numéro »


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