juin 2020

Prix : à chacun selon ses moyens ?

Le numérique permet d'ores et déjà un morcellement des prix. Va-t-on vers des tarifs adaptés à chacun ? Une étude de Fondapol examine cette idée.
Dessin Christian Maucler

  • commentercommenter
  • envoyerenvoyer
  • imprimerimprimer
  • caractèrePLUSMOINS
Jusqu’à présent, acheter un bien était fonction d’un besoin, d’une envie et surtout d’un budget. Le numérique peut-il inverser la donne, à savoir adapter l’objet au budget, fixer son prix en fonction de la personne qui l’achète ? Une idée examinée par Emmanuel Combe dans une étude de la Fondation pour l’innovation politique publiée en octobre 2019 (1).
Le morcellement des prix a déjà commencé, avant même l’ère numérique. La pratique de tarifs spéciaux selon les catégories (jeunes, seniors, demandeurs d’emploi…) existe depuis longtemps. Celle des prix évoluant en fonction de la période d’achat (tarification dynamique) n’est pas nouvelle non plus. Mais d’après Emmanuel Combe, la logique pourrait être poussée encore plus loin. Internet a déjà commencé à changer la donne, par le mode comparatif, donnant accès à l’internaute à différents prix pour un même produit :
« Analysant l’historique de produits à succès vendus par 30 000 commerçants sur la marketplace d’Amazon, des chercheurs ont montré que certains d’entre eux recourent à des logiciels de prix algorithmiques. Plus encore – et même si ce phénomène reste encore peu documenté – deux personnes allant sur le même site de vente en ligne mais présentant des profils différents ne se verront pas toujours proposer le même prix pour un même produit. »

Discrimination par les prix

Emmanuel Combe expose la notion de discrimination par les prix, aboutissement du processus : « les prix étant fixés par des algorithmes toujours plus complexes, ils incluent de nombreuses variables, de nature très différente, sans qu’il soit possible pour l’observateur extérieur de les identifier clairement, de manière exhaustive, et d’en connaître le sens exact. Par exemple, un algorithme peut faire varier le prix d’un produit en fonction des prix pratiqués par les concurrents, des prix appliqués dans le passé sur le site, de l’évolution des coûts et des stocks de l’entreprise, d’informations contextuelles (les conditions météorologiques, par exemple, pour un site de vente d’habillement) ou même des caractéristiques et du comportement de l’individu qui navigue sur le site. » L’objectif final reste de vendre plus et d’augmenter les profits. L’idée elle-même n’est pas nouvelle : la négociation à la baisse (exemple de l’immobilier), le marchandage existent depuis longtemps.
Formellement, le numérique reprend ces divers aspects, mais il permet de les généraliser, de les faciliter, de les complexifier. Il donne par exemple possibilité d’opérer en temps réel les changements de prix en fonction de l’offre et de la demande. Une idée pas nouvelle mais optimisée. Longtemps cantonnée à quelques secteurs comme le transport, la tarification dynamique peut être étendue à bien d’autres domaines grâce au numérique. On peut imaginer « fixer des prix différents selon les caractéristiques individuelles de ses clients ou leur comportement ; dans un cas extrême, elle peut aller jusqu’à proposer un prix personnalisé pour chaque client (« discrimination parfaite » ou « du premier degré »). Dans l'idée de vendre plus, « approcher au près la disposition maximale de l’acheteur à payer » est une sorte de Graal sous-jacent. Ce qui auparavant passait par une évaluation approximative est affiné « par la collecte et le croisement continus de données de plus en plus volumineuses et variées concernant les individus ».

Inciter à consommer

« Toutefois, écrit encore Emmanuel Combe, avec le développement du numérique, la discrimination par les prix pourrait demain franchir un pas décisif en incitant les entreprises à pratiquer des prix personnalisés : grâce au big data, chaque client se verrait proposer un prix particulier, en fonction de sa disposition individuelle à payer. L’ère du prix uniforme, sur lequel s’est fondée toute la grande distribution depuis plus d’un siècle, pourrait progressivement céder la place à un univers de prix « à la tête du client ».
A priori, le bénéfice n’est pas uniquement pour le vendeur. Il l’est aussi pour l’acheteur puisqu’il s’adapte à son pouvoir d’achat.
Cette pratique va évidemment dans le sens d’une incitation à consommer mais l’auteur y voit un autre risque : « Si les prix personnalisés venaient à se développer, ils remettraient en cause un principe essentiel sur lequel est fondé l’ensemble de la distribution de détail depuis plus d’un siècle : l’existence d’un référentiel de prix sur la base duquel les clients font leurs choix. En poussant à l’extrême la logique des prix personnalisés, on pourrait aboutir à la disparition même de la notion de prix de référence : pour un même produit (bien ou service), il y aurait autant de prix que de clients. Le risque est alors celui d’une défiance des clients à l’encontre des entreprises qui se livreront à ce type de pratiques », d’autant plus que les critères utilisés par les algorithmes et leur fonctionnement restent opaques. Emmanuel Combe écrit : « Les rares études empiriques sur la perception des prix personnalisés montrent que ces pratiques restent peu acceptables par les clients ». Il évoque également les stratégies de contournement des internautes qui limitent, modifient ou falsifient les informations transmises et le règlement général sur la protection des données qui depuis 2018 renforce les obligations d’information et de consentement de la part des entreprises. Les prix personnalisés ne sont peut-être pas pour tout de suite. Pour l’heure, on leur préfère « des méthodes assez indirectes de différenciation, telles que les coupons de réduction ciblés ou une présentation personnalisée des résultats d’une recherche en ligne (price steering) ».
(1)
Vers des prix personnalisés à l’heure du numérique ? par Emmanuel Combe, Fondation pour l’innovation politique, octobre 2019.
Prendre connaissance de l’étude

Fondapol
La Fondation pour l’innovation politique offre un espace indépendant d’expertise, de réflexion et d’échange tourné vers la production et la diffusion d’idées et de propositions. Elle contribue au pluralisme de la pensée et au renouvellement du débat public dans une perspective libérale, progressiste et européenne. Dans ses travaux, la Fondation privilégie quatre enjeux : la croissance économique, l’écologie, les valeurs et le numérique.
Le site fondapol.org met à disposition du public la totalité de ses travaux. La plateforme « Data.fondapol » rend accessibles et utilisables par tous les données collectées lors de ses différentes enquêtes et en plusieurs langues, lorsqu’il s’agit d’enquêtes internationales.
fondapol.org



Retour

Commentaires

Afin de poster un commentaire, identifiez-vous.

Se connecter S'inscrire

articles

express

Chantage sexuel en ligne


avril 2020
Chantage à la webcam, harcèlement, revenge porn... Avec le confinement, ces situations préoccupantes en temps normal, augmentent encore. Les responsables de Net Ecoute, numéro national contre le cyberharcèlement, le notent et l'expliquent : « les victimes de chantages sexuels sont toujours plus nombreuses et plus jeunes. L'isolement du confinement accroît le temps passé par de nombreux adolescents devant les écrans, notamment dans des « jeux » sexuels. Les appels reçus augmentent au cours des dernières semaines en particulier pour du chantage à la webcam et de la sextorsion (avec près de 50% de hausse). Il s'agit souvent de jeunes collégiens (en majorité des garçons) d'à peine 14 ans. Parmi les plateformes qui font l'objet de nombreux signalements, il y a notamment Hangouts avec des rencontres qui se sont faites sur les réseaux sociaux Instagram (en progression de 10%) ou aussi sur Snapchat ». Il est possible de contacter Net Ecoute par téléphone,tchat et messagerie : 0800 200 000, numéro vert national ; netecoute.fr. Gratuit, anonyme, confidentiel.

Enfance en danger


avril 2020
En période de confinement, une forte hausse des appels au 119 (service national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger) est constatée. Pour y faire face, le gouvernement a procédé au recrutement d’écoutants, aux heures supplémentaires, a fait appel aux contribution d’associations (renfort de l’Enfant Bleu à hauteur de 80 heures hebdomadaires dès cette semaine et mise à disposition par la Voix de l’enfant de 40 ordinateurs pour les écoutants, au rappel d’anciens écoutants. Il a également été mis en place avec l’ordre national des pharmaciens un dispositif d’alerte permettant notamment aux mineurs de signaler les violences dont ils seraient victimes. Les témoins de tels faits peuvent en outre se rendre dans la pharmacie de leur quartier pour que la police ou la gendarmerie soit alertée sur une situation préoccupante. Les mesures d’urgence ont été renforcées. En cas de danger, de suspicions de maltraitances sur des enfants, les services de première urgence, via le 17, peuvent être sollicités aux fins d’intervention immédiate au domicile. Le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes, accessible 24h/24, 7 jours/7, permet à tout témoin de signaler les violences subies par un enfant au sein de la famille, et offre à toute victime mineure la possibilité d’entrer en relation avec un enquêteur, de dialoguer de manière anonyme et sécurisée et d’être orientée. Enfin, pendant la période de confinement, les victimes de violences intrafamiliales, quel que soit leur âge, peuvent alerter les services de police et de gendarmerie par SMS, via le 114.

Covid-19 : prêter main forte


avril 2020
Le site pretermainforte.fr est né pour permettre aux soignants comme aux non-soignants de mettre leurs compétences au service des hôpitaux et établissements médico-sociaux. Objectif de ce dispositif construit dans la région avec l’ARS Bourgogne Franche-Comté et le soutien de beta.gouv.fr : faire correspondre une offre de bénévoles disposant de compétences hors du champ du soin aux besoins de renforts ponctuels des établissements de santé. Que ces besoins concernent l’accueil, l’administratif, la communication, l’informatique, la logistique ou la restauration... Toute personne dont le profil métier permet de prêter main-forte quelques heures ou quelques jours peut se porter candidat. Ce service complète le dispositif #Renforts-Covid qui permet la rencontre entre les besoins urgents des établissements de santé et médico-sociaux et les compétences de soignants (étudiants, actifs, retraités...).

Je veux aider


mars 2020
Pour limiter l’impact social de la crise sanitaire liée au Covid-19 dans divers secteurs, le gouvernement créé une plateforme d'engagement. De nombreuses associations, qui reposent en temps normal sur des bénévoles souvent âgée, peinent à poursuivre leur activité car leurs forces vives sont les premières à devoir rester confinées. Les bonnes volontés peuvent s'engager dans 4 types de missions : aide alimentaire et d’urgence ; garde exceptionnelle d’enfants de soignants ou d’une structure de l’aide sociale à l’enfance ; lien (téléphonique, visio, mail, etc.) avec les personnes fragiles isolées ; solidarité de proximité (courses de produits essentiels pour les voisins fragiles, isolés, handicapés).

Confinement et violences


mars 2020
Avec les mesures de confinement liées au Covid-19, les interrogations concernant les violences familiales et conjugales se posent. L’association France-victimes rappelle que « des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes vivent dans la peur et sont chaque jour victimes de coups et de sévices sans pouvoir se défendre et du fait du confinement sans pouvoir appeler à l'aide. Pour eux, le confinement n'est pas synonyme de protection, mais d'extrême danger ». Elle appelle « chaque personne qui a connaissance de violences sur un enfant, une femme, ou un homme à appeler les services de police ou de gendarmerie ou le numéro 116 006 qui se chargera de faire le nécessaire auprès des autorités. Un mail est mis à la disposition des personnes pour demander de l'aide ou signaler des personnes en grand danger : victimes@france-victimes.fr. Chacune de nos 132 associations est en contact avec les forces de police et de gendarmerie, les instances judiciaires, mais aussi les mairies pour venir rapidement en aide aux personnes et notamment être en mesure de les mettre en sécurité dans des logements d'urgence ».
Voir tout