décembre 1996

«J'ai eu affaire à l'Eglise évangélique»

Un témoignage sur cette association, d'une personne ayant souhaité rester anonyme. Il s'agit ici d'un des nombreux groupes de Haute-Saône issus de l'Eglise évangélique de Besançon. «On me demandait de m'humilier».

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« J'ai eu affaire à l'Eglise évangélique de Vesoul. Ils sont un peu partout, Vesoul, Gray, Luxeuil, Lure. A Vesoul c'était le pasteur Ardoin. Le nom variait Eglise évangélique, Eglise pentecôtiste évangélique, Centre évangélique, ça varie. Je vais vous dire comment on a été «recrutés». J'avais un fils qui était très malade, mortellement atteint. Vous devez deviner la nature de sa maladie, il était séro-positif. Un jour, à l'hôpital de Besançon, il a fait la rencontre d'un jeune homme dans son propre cas et qui lui a dit que Dieu guérissait par la prière, qu'il fallait qu'il se penche vers la Bible. Ce jeune de 28 ans qui recevait des soins avait déjà été recruté par l'Eglise évangélique. Lui, il avait attrapé le virus par la drogue... Il attendait la guérison, mais le rôle des évangélistes, c'est aussi de convertir les gens et d'amasser du monde. Moi j'étais dans un état particulièrement dépressif parce que mon fils était perdu. Quand mon fils m'en a parlé, je suis venu à Besançon, j'ai rencontré ce jeune homme qui m'a paru digne d'intérêt. Il m'a dépêché deux dames de la région de Montbéliard qui sont venues passer une journée avec moi et m'on conduit immédiatement vers le pasteur Ardoin de Vesoul.
Il m'a accueillie les bras ouverts, m'a dit que la maladie de mon fils n'était pas un problème, qu'il connaissait quelqu'un à Besançon dans la même situation qui avait été guéri par la prière. Quand on a un fils en danger de mort, on ne demande qu'à croire et à espérer, donc j'ai adhéré. Mon fils est sorti de l'hôpital ; nous avons fréquenté les réunions évangélistes qui avaient lieu, les prières du mercredi soir, du vendredi soir, l'office du dimanche, l'après-midi du dimanche, le repas du dimanche. Il fallait convertir autour de soi, vendre des Bibles ; pendant la période du Nouvel An, il fallait vendre des calendriers, faire du porte-à-porte, distribuer des petits papiers. On nous a fait comprendre qu'il fallait donner la dîme, comme il est écrit dans la Bible, la dixième partie de ses revenus. Le pasteur disait «il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'un aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu, donc il faut donner, vous décharger et ce que vous donnerez, Dieu vous le rendra au centuple». Mon fils donnait la dîme, entre 1000 et 1200 F par moi. Et il avait une promesse de guérison. Moi je ne l'ai pas fait, je versais juste des dons tous les dimanches. J'ai essayé de rencontrer le jeune homme qui avait été guéri et je n'ai jamais réussi à le voir, on me disait «il est parti à Paris».
La promesse de guérison venait de l'ensemble des pasteurs que j'ai vus. J'ai rencontré M. Kennel aux obsèques de mon fils. Je n'ai pas eu de conversation avec lui, je voyais plus les pasteurs de Gray, Lure, Luxeuil. Il y avait des choses que mon esprit rationnel n'acceptait pas. Un jour, j'ai entendu une conversation qui était voulue et convenue : l'épouse du pasteur de Lure et celle du pasteur de Vesoul discutàient à côté de moi. La seconde disait à la première : «Alors, ça y est, ta molaire a repoussé ? Oui c'est formidable, j'ai prié Dieu, j'avais perdu ma molaire et elle a repoussé...». Ils font des réunions où les fidèles témoignent de guérisons mais il n'y a jamais de traces, pas de radios. Ce sont surtout des maux psychosomatiques. Les fidèles qui témoignent croient vraiment à la guérison, mais ça se passe dans la tête.
J'ai vu également les enfants fréquenter les réunions. J'ai vu des réunions complètement hystériques. Des femmes et des messieurs, en plein office, déclaraient avoir des visions, «Dieu m'a annoncé ceci, cela»... Et c'est toujours un message en direction d'une personne du groupe qui est à récupérer. On m'envoyait souvent ce type de messages pour me raccro-cher. On m'a dit de m'humilier : «vous êtes quelqu'un de trop fier, de trop orgueilleux». J'ai vu l'épouse d'un ancien gynéco de Vesoul se traîner par terre en se lamentant, pourtant ce n'était pas une imbécile. C'est une église où il y a des enseignants, des éducateurs...
J'ai vu le pasteur Ardoin imposer les mains et dire à quelqu'un «tu avais mal aux reins, tu avais mal à la colonne vertébrale, ce n'est pas normal, maintenant tu n'auras plus mal». «Tu avais une jambe à laquelle il manquait trois centimètres et je viens de la rallonger de trois centimètres». Je vous donne ma parole d'honneur que je l'ai vu et entendu ! Combien de fois je l'ai entendu...
Hors des offices, il y a le jeûne mais je n'y ai pas assisté. Dans les offices, c'est une ambiance très spéciale, vraiment hysté-rique. Les derniers temps, je sortais récupérer, je fumais une cigarette dehors. Le pasteur venait me récupérer mais je lui disais : «Ecoutez, je ne supporte plus, je pense qu'on peut prier sans crier, sans hurler».
Le dimanche, les fidèles préparent les repas, qui sont très décontractés. A Vesoul, le vendredi soir, il y a un premier temps de prière à 8 h 30 et ensuite un autre groupe de prière qui est, je dirais, plus «hard». C'est là qu'on m'a demandé de m'humilier. Et si vous n'obtenez aucune réponse à vos prières, c'est de votre faute. J'ai perdu mon fils en 1991, ça a été un drame et j'ai préféré vivre la période de deuil de manière solitaire. Comme je n'allais plus à l'Eglise évangélique, ils venaient me relancer jusqu'au moment où j'ai eu le courage de leur dire que je ne pouvais pas les recevoir. J'étais très culpabilisée, ils me disaient : «votre fils est sauvé, il est avec Dieu. Nous on est dans la Vérité, dans la ligne droite de Dieu. Si vous vous écartez de nous vous ne reverrez pas votre fils, ce sera terminé».
Le groupe est tellement chaleu-reux au départ, vous apporte tellement quand on est dans la douleur ! Faire un pas de travers et les trahir est quelque chose d'affreux, parce que certains vous ont aidé sincèrement. Je suis restée longtemps sans pouvoir parler. Ensuite j'ai décidé de raconter le marché de dupe qu'on nous a fait. Je garde ma foi, mais pas en eux, je considère qu'ils n'ont pas force de loi, de pouvoir de décision par rapport à Dieu. Au fil des ans, j'ai perdu ma culpabilité.Au moment de la mort de mon fils, j'ai demandé «mais pourquoi ?». Le pasteur m'a répondu : «Je ne sais pas, je ne comprends pas».

Recueilli par Stéphane Paris
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