mars 2026

Les ados d’aujourd’hui, moins politisés, plus matérialistes que ceux d’hier

La « bof génération » ? Une radioscopie des 15 - 17 ans interroge leurs préoccupations, leurs mentalités, leurs sensibilités.
Dessin Christian Maucler

  • commentercommenter
  • envoyerenvoyer
  • imprimerimprimer
  • caractèrePLUSMOINS
Quelles sont les valeurs des jeunes aujourd’hui ? A la demande du magazine Elle, l’Ifop a mené une enquête fin 2025 auprès d’adolescents français de 15 à 17 ans (1). Avec des conclusions à prendre avec précautions, étant donné la tranche d’âge, qui ne représente qu’une petite portion de la jeunesse et qui est encore celle du lycée, où les idées, les affirmations, les orientations sont en pleine phase de construction. Peut-on s’étonner qu’à ces âges, ils soient nombreux à ne se sentir proches d’aucun parti politique (45 %, soit une proportion presque deux fois supérieure à celle des adultes, à 25 %) ? Mais l’intérêt est aussi de percevoir des évolutions et, à ce titre, l’enquête est approfondie par des comparaisons bienvenues avec des études antérieures semblables.
Selon elles, il apparaît par exemple une dépolitisation au détriment de la gauche : « On observe une indifférence à l’égard des positionnements idéologiques plus marquée qu’il y à trente ans. 35 % des jeunes ne se situent pas politiquement sur l’axe gauche/droite, une proportion deux fois supérieure à celle de 1994 (18 %). On observe aussi, à ces âges, une tendance à pencher plus à droite que dans le passé. Alors qu'en 1994, les 15-18 ans se positionnaient majoritairement à gauche (54 % contre 46 % à droite), le rapport de force s'est inversé : 56 % des adolescents se situent désormais à droite contre 44% à gauche. Cette « dégauchisation » n'est toutefois pas uniforme et révèle un "gender gap" politique précoce : 64 % des garçons se positionnent à droite quand les filles demeurent ancrées à gauche à 53 %. »
Ces comparaisons permettent de saisir des évolutions de mentalités mais aussi de rappeler certains changements de société dont les préoccupations des jeunes esont le reflet. Parmi leurs conclusions, les auteurs de l’étude notent « qu’en 30 ans, les sources d’inquiétude des jeunes se concentrent désormais principalement sur des enjeux régaliens ou liés à la pollution de la planète, tandis que le chômage ne constitue plus une préoccupation majeure. La première source d’inquiétude est aujourd’hui la guerre (30 % contre 16 % en 1994), suivie de l’insécurité (25 % contre 1 % en 1994) et de la pollution de la planète (16 % contre 5 %). Alors que le Sida (24 %) et le chômage (18 %) étaient les deux premières sources d’inquiétude il y à 30 ans ; ce n’est plus le cas à présent (respectivement 0 % et 8 %). » Et aujourd’hui, 57 % des jeunes de 15 à 17 ans déclarent vouloir avoir des enfants, un chiffre nettement inférieur à celui observé il y a 40 ans, où 77 % des jeunes du même âge exprimaient cette envie.

Inquiets et heureux

Plus étonnamment, « le sentiment d'inquiétude des jeunes face à l'avenir est largement majoritaire mais il a baissé. Ainsi, 66 % des jeunes se déclarent inquiets quant à l’avenir, contre 87 % en 1994. » A contrario, « le sentiment de vivre le plus bel âge de sa vie à l’adolescence est beaucoup moins fort qu’il y a quarante ans : 44 % des 15-17 ans ont l'impression de vivre actuellement le plus beau moment de leur vie (vs 63 % en 1984), avec un écart notable entre garçons (47 %) et filles (41 %). Pourtant, 71 % se déclarent heureux, un niveau légèrement supérieur aux adultes (66 %). Le niveau de bonheur assez élevé va de pair avec un regard sur l’avenir personnel beaucoup plus positif que sur celui de la France ou du monde. 79 % des jeunes se disent optimistes quant à leur avenir personnel (contre 63 % en 1984), tandis que seulement 36 % expriment cet optimisme concernant la France et 31 % celui du monde. » On laissera aux auteurs la responsabilité de la généralisation suivante : « Cette disjonction entre pessimisme collectif et optimisme individuel caractérise une génération qui, malgré ses inquiétudes sur l'état du monde, conserve une capacité de projection positive dans son parcours personnel – ce qu'on pourrait qualifier d'"optimisme de repli". »

Matérialistes

Les décrypteurs de l’enquête y voient le reflet d’un individualisme croissant déduit d’un « faible sentiment d’appartenance nationale » (ce dernier lui-même déduit du seul prisme du « sacrifice ultime en cas d’invasion du pays avec des jeunes moins disposés à mettre leur vie en péril pour la France (23%) qu’il y a quarante ans - 41 % en 1984. »), d’une valorisation accrue de l’argent et d’un rapport plus distancié au travail et au progrès : « Si la famille (98 %) et l’amitié (97 %) demeurent les valeurs les plus plébiscitées, on observe aussi une montée du pragmatisme matérialiste illustrée dans la valeur croissante donnée à l'argent : +14 points depuis 1984 pour atteindre 50  %. » Ce qui mène François Kraus, directeur du pôle « politique / actualités » de l'Ifop à écrire que « cette étude offre une photographie d’une génération plutôt lucide et inquiète, mais encore porteuse d’un optimisme personnel solide. Force est aussi de constater que cette génération n’est pas aussi progressiste que la caricature que l’on en fait parfois. Les adolescents apparaissent, à cet âge, attachés à des valeurs généralement perçues comme étant “de droite”, telles que la famille ou l’argent, et particulièrement inquiets des risques liés à leur sécurité en France ou dans le monde. »

Influence religieuse et stéréotypes misogynes

À l’inverse, il est observé un certain désenchantement vis-à-vis du travail (-4 points depuis 1994) et surtout du progrès scientifique (-16 points), qui ne fait plus recette qu'auprès de 44 % des jeunes. Parallèlement, et l’on notera la similarité de proportion, 58 % jugent inacceptable la critique des religions, sachant que c'est dans les rangs des catégories populaires (61 à 65 %), des catholiques pratiquants (76 %) et des musulmans (92 %) que ce refus est le plus fort. Il en découle une influence relative sur les valeurs morales : « Si la jeunesse se montre progressiste sur l'avortement (que 91 % jugent acceptable) et l'homosexualité (73 %), ses valeurs morales apparaissent d’autant plus conservatrices qu’elles sont influencées par la morale religieuse. 49 % des jeunes musulmans et 13 % des jeunes catholiques jugent inacceptables les relations entre personnes de même sexe (vs 7 % des sans-religion) ; 57 % des jeunes musulmans et 31 % des jeunes catholiques estiment inacceptable le changement de genre (vs 21 % des sans-religion). »
Le rapport à la sexualité reste de manière générale très marqué par la croyance religieuse. « Les stéréotypes LGBTphobes persistent chez les jeunes les plus religieux. Par exemple, 40 % des croyants religieux jugent que les couples homosexuels ne devraient pas pouvoir élever des enfants (26 % chez les croyants non religieux et 13 % chez les athées) et 20 % d’entre eux considèrent que les violences à l’encontre des personnes homosexuelles sont parfois compréhensibles (9 % chez les athées). Les jeunes religieux adhèrent davantage aux stéréotypes misogynes : 44 % des croyants religieux estiment que les féministes « détestent les hommes » (contre 36 % des athées) et plus d’un jeune croyant religieux sur deux (53 %) considère qu’une femme mariée devrait prendre le nom de son mari (contre 26 % chez les athées). De même, 24 % pensent que pour qu’un couple fonctionne, l’homme doit souvent trancher les décisions (8 % chez les jeunes sans religion). »
Deuxième source d’écart, le sexe. Par exemple, « si les adolescents se déclarent en majorité féministe (61%), ce chiffre global masque un clivage béant : le féminisme est une conviction partagée par 77 % des jeunes filles de 15-17 ans, mais moins d’un jeune garçon sur deux (45 %) affirme une sensibilité féministe. Le rejet du féminisme est particulièrement prégnant chez les jeunes des milieux les plus populaires (62 %) et les plus religieux (63 % des catholiques pratiquants, 74 % des musulmans). » 69 % des filles se disent inquiètes pour les droits des femmes, contre 45 % des garçons. Malgré « des postures masculinistes particulièrement prégnantes dans les milieux les plus populaires et/ou les plus religieux » selon François Kraus, un chiffre notable : la notion du respect du consentement est unanimement partagé : 96 % des adolescents de 15 à 17 ans considèrent qu’il est indispensable, sans différence notable entre les filles et les garçons.
(1)
Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 23 décembre 2025 auprès d’un échantillon de 1 028 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 à 17 ans. La représentativité de l’échantillon à été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, statut de scolarisation) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

En savoir +
ifop.com

Retour

Commentaires

Afin de poster un commentaire, identifiez-vous.

Se connecter S'inscrire

articles

express

Prix des initiatives engagées


mars 2026
La 17e édition du prix des initiatives engagées et déterminées (PIEED) est ouverte. Ce dispositif valorise et accompagne les projets d’associations de jeunes, d’étudiants et de junior associations engagés en éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale. Candidatures jusqu'au 8 avril. Infos ici

Maison de Bourgogne-Franche-Comté


janvier 2026
Représentation officielle de la Région Bourgogne-Franche-Comté en Rhénanie-Palatinat et en Allemagne, la Maison de Bourgogne-Franche-Comté/Hausburgund a pour objectif de développer les échanges, coopérations et partenariats franco-allemands. L’action de la Maison de BFC s’articule autour de 3 grands piliers : programmation culturelle et événementielle, tourisme et gastronomie, jeunesse.

Bénévoles à la SPA


janvier 2026
Aider la Société protectrice des animaux et par conséquent les animaux qu'elle héberge ? Il y a 3 façons : l'adoption d'un animal, le don à l'association ou le bénévolat. Ce dernier passe par l'adhésion et peut prendre plusieurs formes : s'occuper des animaux, promener les chiens, entretenir et améliorer un refuge, participer aux collectes, offrir ses cométences administratives, faire partie de l'équipe d'enquêteurs de terrian, parrainer un animal pour son suivi. Il faut postuler directement auprès de l'association locale. Il existe deux sites en Bourgogne-Franche-Comté : le refuge de Saône-et-Loire, ZA La Chaigne, 595 rue du Muguet, 71580 Beaurepaire-en-Bresse, le seul affilié à la SPA nationale et la SPA de Besançon (38 b rue de Velotte) dont le refuge se trouve 65 rue des Longeaux, 25960 Deluz.
A noter que le refuge de Saône-et-Loire possède l'un des 43 Clubs jeunes de la SPA qui permet aux mineurs de participer en étant encadré.

Podcast, "Montrapon, mon quartier"


décembre 2025
Réalisé par Amélie Perardot. "Montrapon, mon quartier" est une création sonore qui fait partager les histoires des habitants et de ce quartier de Besançon. Il est issu d'un partenariat entre la Maison de quartier Montrapon Fontaine-Ecu et Radio Campus Besançon. A retrouver ici.

La sécu et moi


octobre 2025
La sécurité sociale, c'est quoi ? Un outil essentiel pour la santé mais aussi des appuis pour les études, les jobs, la parentalité, les situations difficiles, le handicap, les départs à l'étranger... Pour tout savoir sur ses droits et démarches quand on devient assuré social (au moment où l'on reçoit sa carte vitale, à l'âge de 16 ans), tout est expliqué clairement sur secu-jeunes.fr
Voir tout