Survivante est un titre qui suffit à placer le niveau que peut atteindre le harcèlement scolaire. Elodie Pégeot l’a vécu en classe de 3e dans une escalade qui est passée des moqueries aux insultes, menaces, violences physiques et sexuelles. Sur la 4e de couverture, on lit les mots descente en enfer, peur, honte, isolement, vie brisée, combat. Le livre décrit un parcours à la fois particulier et représentatif de ce que vivent les personnes harcelées.
Pourquoi avez-vous voulu ce livre ?
D’abord pour moi, pour mettre les choses à plat, mais aussi pour sensibiliser et briser le tabou qui entoure le harcèlement scolaire. Je veux m’adresser à tout le monde, pour prévenir. Je voulais aborder ce problème et les conséquences que ça peut avoir. La première partie parle du harcèlement que j’ai subi, la seconde du parcours de reconstruction.
Comment est-ce arrivé ?
J’ai avoué mes sentiments à un garçon. Tout le monde l’a su et à partir de là, il y a commencé à avoir des moqueries et des rumeurs, puis des menaces, des agressions physiques et sexuelles.
En avez-vous parlé à des adultes à l’époque ?
Non, seulement à une fille de mon club de sport. Quand c’est venu aux oreilles de la CPE du collège, j’ai été convoquée devant mes harceleurs, ce qui n’est pas idéal. J’ai pris peur, j’ai tout nié. Ce n’est pas allé plus loin. Les harceleurs ont continué.
Qu’est-ce qui vous a décidée à l’écrire et le publier ?
Même si on garde toujours des séquelles, j’ai attendu d’être suffisamment guérie pour avoir du recul sur ce qui s’est passé. Mais je n’avais pas en tête de publier le texte. Au départ, c’était plutôt pour moi. C’est une amie qui m’a dit qu’il fallait en faire quelque chose et le publier. Je l’ai envoyé à une maison d’édition, Le Lys bleu, qui m’a donné une réponse au bout d’un mois.
A-t-il été facile à écrire ?
Je l’ai écrit en avril-mai l’an dernier. Ça m’est venu facilement parce que je suis repartie d’un journal intime que j’avais au collège.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Je pense avoir réussi à surmonter, mais ça a été long. Concernant l’agression sexuelle, j’ai fait une amnésie traumatique pendant 3 ans. Je ne me souviens ni du visage, ni du nom de l’agresseur. Après l’année de 3e, il y a eu le lycée, avec une nouvelle classe, des nouvelles personnes qui ne venaient pas forcément du collège. Ça m’a aidé à recommencer, même si j’étais stressée à l’idée d’entrer dans un établissement scolaire. Comme il ne se passait plus rien, ça aide. J’ai aussi changé de club de sport. Puis il y a eu la fac, ce n’est plus du tout le même environnement et j’ai commencé à vraiment aller mieux. Quand j’ai entendu parler du service santé étudiant, j’y suis allée et depuis, je suis suivie par une psychologue. Ce service est très utile et en plus il est gratuit. On a droit à des séances prises en charge, c’est appréciable.
Que souhaitez-vous dire aux victimes de harcèlement scolaire ?
Je pense qu’il faut en parler, demander de l’aide. Essayer de ne pas avoir peur ou honte. Se dire que ce n’est pas de sa faute et qu’il y a toujours une solution pour s’en sortir. En ce qui me concerne, j’ai vu des émissions sur le sujet, lu des livres et je pense qu’on parle un peu plus de ce sujet. Cela permet de se rendre compte que ça peut arriver à n’importe qui et que les victimes n’ont pas à culpabiliser.
Recueillir par S.P.
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