Parler. C’est le premier conseil à donner aux victimes de harcèlement – ou à ceux qui soupçonnent qu’un proche le soit. « Il ne faut surtout pas rester isolé affirme Romain Bonneau, directeur de France Victimes Nord Franche-Comté. Il faut se tourner vers un adulte de confiance, pas forcément les parents, même si ce n’est pas évident. Le harcèlement est quelque chose d’intime, qu’on n’a pas forcément envie de crier sur les toits. On sait qu’être victime s’accompagne souvent de honte, de colère, voire de culpabilité, ce qui rend d’autant plus difficile la démarche d’en parler ».
L’association France Victimes, répartie sur tout le territoire, est là pour ça. Un intermédiaire qui peut recueillir la parole, écouter, conseiller. De manière anonyme, gratuite, neutre. « On n’est pas un copain, pas un proche, pas un parent souligne Romain Bonneau. On ne juge pas, on n’interprète pas, on est là pour aider les victimes. Notre triptyque, c’est accueillir la parole, croire, sécuriser. Nous conseillons les victimes et, dans l’Aire urbaine, nous avons aussi mis en place des consultations psychologiques ». D’autres moyens existent, tels les numéros de téléphone 3018 ou 116 006 voire le 17, celui de la police. A Montbéliard, pour aider les plus jeunes à s’exprimer, la cité judiciaire fait même appel à un chien. Sa présence rassurante permet de libérer la parole, de diminuer le rythme cardiaque et l’anxiété. « Il y a de très bons résultats » assure Romain Bonneau. La présence d'Umpa, golden retriever spécialisée, confirme l'effet apaisant constaté par plusieurs expérimentations à travers la France.
Le phénomène préoccupe par son augmentation, même si elle est en partie induite par une meilleure détection. Selon l’association e-enfance, plus d’un tiers des élèves du primaire au lycée seraient touchés et 45 % participent à du harcèlement par effet de groupe.L’Education nationale a par exemple mis en place depuis 2021 le programme Phare (Prévenir le harcèlement et agir avec respect) pour un meilleur repérage. Mais depuis une dizaine d’années, les réseaux sociaux ont engendré leurs propres effets néfastes, avec de nouveaux moyens pour les harceleurs. Harcèlement et cyberharcèlement se renforcent l’un l’autre. « Il y a une évolution conjointe, c’est assez factuel. Les réseaux sociaux permettent l’anonymat, les faux comptes, les photos intimes partagées, c’est une catastrophe » dit Romain Bonneau. Ce mésusage est l’une des raisons pour laquelle le gouvernement souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Parmi les évolutions récentes, l’association constate également une nette tendance à voir des personnes revenir plusieurs fois.
Pour espérer lutter contre le harcèlement, France Victimes a mis en place un volet prévention. Il passe par des interventions en milieu scolaire ou des expos. L’association du Nord Franche-Comté dispose de deux modules, l’un destiné aux 9 – 13 ans, l’autre aux 13 – 18. « Au cours de ces interventions, il n’est pas rare que les élèves nous parlent, posent des questions. Nous avons plus de contacts avec les jeunes de cette manière qu’en consultation. Cela nous permet de les informer sur ce qu’est le harcèlement, les droits, les sanctions. Nous parlons beaucoup de vie privée, de droit à l’image, que les jeunes maîtrisent peu ». Parmi les idées généralement préconçues, il y a celle que c’est forcément de l’ordre du pénal. « Le public n’a pas forcément toutes les informations sur la suite qui peut être donnée à une plainte. Il existe des mesures alternatives. » Leur objectif est d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin à l'infraction et d'éviter la récidive de l'auteur des faits.
S.P.
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