« La notion de temps est impérative : dire qu’on relance des études est suicidaire, les investissements indispensables sont à lancer rapidement. Le temps de la réflexion est dépassé, le temps de l’action est arrivé. » Ainsi se conclut le rapport alarmant du collectif sur l’état des rivières. Effondrement de la masse piscicole, propagation de l’algue verte, pollution croissante, autant de constats effrayants y sont mis en avant. Si les causes anthropiques sont indéniables, la dérive climatique en cours ne fait qu’aggraver la situation, allant jusqu’à remettre en cause « la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable. » C'est déjà le cas : l'an dernier, des habitants du haut Doubs ont dû être ravitaillés par camion-citerne.
Manon Silvant, chargée de mission communication pour le collectif, a directement observé la modification des milieux aquatiques et ses conséquences dramatiques. L’activiste pointe du doigt le manque de réaction des services publics. « On n’a pas fait les actions qu’il fallait. On le sait depuis 50 ans. Bien-sûr qu’on est en colère ! On a une nouvelle génération de techniciens avec une sensibilité environnementale mais ils ne sont pas suivis par les politiques. » La question de l’assainissement est primordiale. Malgré les investissements importants de la part des collectivités sur les 30 dernières années, aucune amélioration qualitative de l’eau n’a été constatée. « Ils prennent le problème à l’envers. » La législation continue d’autoriser le rejet de phosphate et de nitrates, sans compter les divers micropolluants. « Ces procédures d’autorisation ont conduit paradoxalement, non pas à une protection des rivières, mais à un véritable droit à polluer » souligne le rapport.
Des solutions pour diminuer l’atteinte environnementale sont données depuis longtemps par les experts. Parmi les mesures proposées par le collectif, la proscription des engrais chimiques et du lisier utilisés pour l’agriculture est en tête de liste. « Il faudrait réduire les cheptels d’un à deux tiers » ajoute Manon Silvant, afin d’encourager une agriculture moins intensive et plus respectueuse de la biodiversité. Les milieux aquatiques sont particulièrement sensibles à la pollution et l’équilibre de la faune est rapidement bouleversé. L’utilisation de produits insecticides et pesticides pour le traitement du bois en pleine nature est mise en cause. « Ces produits sont hautement toxiques pour les organismes aquatiques, même à des doses infimes. »
Le collectif d’association ne bénéficie d’aucune subvention, le combat est difficile et le chemin semble encore long. Manon Silvant confie avoir subi des menaces de la part de certains exploitants agricoles « on a reçu des mots comme “ attention on va vous faire taire ! “ Mais la jeune femme a noté une évolution des mentalités au cours des dernières années « les journaux en parlent plus, l’opinion publique a changé. Il faut continuer la sensibilisation. » L’eau, une urgence absolue qui concerne l’ensemble du vivant car il en dépend.
Lauriane Noel
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