C’était une première nationale née cette année : le lycée grenoblois Louise Michel a ouvert une section esport – dédiée au jeu compétitif Valorant – avec horaires aménagés, sur le modèle des sections sportives traditionnelles. Un indice de plus que l’esport est en train de franchir une étape dans sa structuration et sa reconnaissance institutionnelle.
La question de cette pratique en tant que sport est de plus en plus admise. L’étymologie du mot sport elle-même indique su'il provient de l’ancien français signifiant divertissement, amusement, ce qui d’emblée correspond assez bien. Une vieille base de débat qui mène aujourd’hui à la question de Jeux olympiques de l’esport, évoqués pour 2027.
C’est d’ailleurs le Comité départemental olympique et sportif du Doubs qui a organisé un après-midi sur le sujet le 31 janvier dernier au Tiers-lieu jeunesse de Besançon, avec un intitulé mentionnant « nouvelles pratiques sportives ». Parmi les intervenants, Pascal Chatonnay, enseignant-chercheur à l’IUT Nord Franche-Comté, responsable esport à l’Université Marie et Louis Pasteur et président d’un club esport à l’IUT. Il reconnaît que l’association Université/esport continue à étonner et que « certains collègues restent dubitatifs ; pour eux l’esport, ce n’est pas du sport ». Principal sujet de discorde, l’effort physique, et une image de mauvaise santé véhiculée à propos des joueurs : « Cette image est fausse. On a une enquête de France Esport qui dit que pour une cohorte semblable de jeunes de 15 ans et plus, ceux qui pratiquent l’esport sont en meilleure santé physique moyenne ».
Dans les critères retenus pour définir le sport électronique, 3 principaux : l’affrontement, les joueurs, le support. Selon le ministère chargé des Sports, « l’esport est l’ensemble des pratiques permettant à des joueurs de confronter leurs niveaux par l’intermédiaire d’un support électronique ». Confusion de profane : l’esport ne concerne pas seulement les jeux vidéos reproduisant une pratique sportive, tel EA Sports FC, mais l’ensemble des jeux vidéos. Les plus pratiqués comme League of Legend ou Counter-Strike n’ont d’ailleurs pas de rapport avec le sport.
Beaucoup d’éléments autres que la confrontation entre joueurs permettent d’inclure le sport dans l’esport. La présence de Vivien De Abreu lors de la journée du 31 janvier est un autre indice. Ce dernier est coach mental et s’occupe aussi bien des jeunes joueurs du FC Sochaux-Montbéliard que de gamers. « Sur bien des aspects, l’approche est semblable, dit-il, et on travaille sur la concentration, la gestion des émotions, le stress, la communication en jeu, l’influence de la vie privée sur la performance ».
A mesure que l’esport s’organise, les points communs s’accentuent. Aujourd’hui, les équipes ont un encadrement, des coaches, des aides non seulement psychologiques mais aussi un suivi de la diététique, du sommeil, de l’hygiène. Il y a des compétitions, des classements, des risques de blessures, des programmes d’entraînement poussés, des budgets conséquents et des grosses différences entre amateurs et professionnels, comme dans le sport traditionnel. « La seule différence est qu’on est devant un écran et pas sur un terrain » résume Pierre Medjaldi, alias Steeelback, joueur professionnel bisontin de League of Legends. « Il y a une vraie notion d’entraînement avec préparation athlétique et tactique, une charge mentale liée à la compétition et aux contrats qui sont à courte durée et qui peuvent mettre une certaine pression » insiste Vivien De Abreu. « Pour les pros, le quotidien est celui des sportifs de haut niveau ». Pierre Medjaldi confirme que depuis ses débuts, il a vu une nette évolution. « On se rend compte que l’activité physique est très importante car on passe beaucoup de temps sur les ordinateurs. Elle est obligatoire car elle permet de se sentir plus détendu donc de mieux se concentrer. La performance et le bien-être vont ensemble. On a aussi des conseils de santé par exemple sur les lunettes pour se protéger de la lumière bleue ou sur la psychologie. Des éléments que je n’avais pas à mes débuts et que j’essaie de transmettre aux jeunes ».
Malgré l’engouement et les sommes considérables en jeu, c’est sur la structuration que l’esport doit encore avancer. Deniz Polat, président de l’association et équipe BSK à Besançon, estime qu’il faut regarder du côté des sports traditionnels pour structurer la formation, les écoles, les doubles projets esport/études. « Pour moi, le défi est dans l’émergence de lieux de pratique encadrée, où les jeunes ne sont pas seuls face à l’écran, mais se retrouvent en équipe, avec le coach qui est derrière pour les conseiller et les stopper quand il commencent à s’énerver derrière la machine ».
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