février 2008

L'art du hip-hop pose son style

Danse, musique, dans la région, le mouvement hip-hop est vivace. Plusieurs initiatives mettent en avant des démarches artistiques de qualité.
Photo Yves Petit

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Une salle remplie, un public familial : en ce 17 janvier, le festival de danse "un vent de hip-hop sur Morteau" entame sa 4e édition. Dans une commune rurale, loin de la banlieue ou des quartiers dits difficiles, l'initiative est réussie. "Ici, on n'est pas habitués aux cultures "de rue" admet Céline Chatelain, responsable du service culturel, je ne crois pas qu'il y ait de groupe de rap à Morteau. Mais le public a adhéré au festival, il y a des gens qui viennent de tout le département et de Suisse. Il faut dire qu'on invite des compagnies de renom comme Accrorap". Bilan : 800 spectateurs en 3 jours l'an dernier. Et un festival étendu par la Ville à des stages pour collégiens et lycéens, en danse et en graff. L'édition 2008 s'est même ouverte par une démonstration des jeunes de la ville. "Au départ, le festival est né d'une forte demande des jeunes qui trouvaient qu'il ne se passait pas grand chose pouvant les intéresser culturellement".          
Patricia Roussel-Galle, maire-adjoint chargée des Affaires culturelles confirme : "il y avait un vrai besoin et il fallait répondre à cette demande du public jeune. Il ne faut pas se fermer. Que ce soit en graff ou en danse, cette culture délivre des messages importants et forts". 
Né dans la rue de quartiers dits défavorisés, le hip-hop est aujourd'hui un phénomène de génération, traversant les origines géographiques et sociales, comme le montrent la participation à ce mouvement de certains enfants de personnalités très connues. "Une partie du grand public associe toujours fortement cette culture à celle de la banlieue pense Gilles Rondot, artiste qui travaille depuis la naissance du mouvement avec la compagnie Accrorap. Mais ceux qui suivent de près n'y font plus référence. C'est une culture qui s'est répandue, même si elle revendique toujours cette origine des quartiers, accompagnée d'une forte connotation sociale et politique". Nassim Boucherit, responsable de Groove Attitude n'est pas loin de penser la même chose de la musique rap : "le hip-hop est maintenant répandu même à la campagne. Il n'y a pas que les jeunes des quartiers qui ont quelque chose à dire".
Cela fait longtemps que les centres chorégraphiques nationaux, à l'instar de celui de Belfort, accueillent des artistes hip-hop. De même que les influences et les emprunts mutuels entre hip-hop et danse contemporaine sont légions, au point qu'il est parfois difficiles de différencier les genres. "Les premières compagnies sont nées il y a 20 ans rappelle Gilles Rondot. Certaines ont su s'inscrire dans la durée, ont expliqué leur travail, ont créé, ont tourné et se sont suffisamment structurées pour convaincre les pouvoirs publics de les aider. L'émergence du hip-hop a d'ailleurs révélé la pertinence du système culturel français, celui d'une politique publique volontariste. Il faut rappeler que la France est le seul pays au monde  à avoir révélé des chorégraphes hip-hop. Aux Etats-Unis, il n'y en n'a pas et c'est sûrement lié à l'absence d'aides. Il serait dommage que cette politique qui a eu cours ces 30 dernières années soit remise en cause comme on peut l'entendre". Treize compagnies sont actuellement subventionnées par l'Etat. Parmi elles, Accrorap, ancrée en partie à Besançon.
Sur ce plan de la reconnaissance institutionnelle, la danse a cependant un temps d'avance sur la musique. Car le rap garde une image sulfureuse. Liée à des textes plutôt revendicatifs qui le rendent moins acceptable que la miévrerie largement véhiculée par les paroles de la chanson française ? "Il ne faut pas caricaturer ni généraliser répond José Shungu, responsable du festival Feu, de l'association Attila et leader du groupe la Cédille. Même dans le rap beaucoup des jeunes que je vois n'ont pas d'autre souhait que d'aller à Skyrock". C'est notamment pour aider les jeunes talents locaux à s'orienter vers une vraie ambition artistique que José Shungu a créé Attila. Mais c'est aussi né du constat, établi sur le site web de l'association, que "bien que les mots hip hop, r'n'b , soul ou ragga, soient de plus en plus souvent cités à travers les médias, force est de constater que le vide est  immense sur l'ensemble du territoire français surtout au niveau de la diffusion de spectacles. Or il existe un fort public en attente de ce type de prestations artistiques… Quant aux groupes régionaux en devenir, beaucoup ont le sentiment de ne pas être entendus, faute d'infrastructures leur permettant de produire, promouvoir ou diffuser leurs créations".
Les programmateurs paraissent sans conteste souvent hésitants lorsqu'il s'agit d'organiser un concert de rap. "C'est un peu comme pour les concerts de black metal qui passent eux aussi pour dangereux déclare Victoire, chargée de communication de la Poudrière à Belfort. Personnellement, je n'ai jamais vu de soucis à ceux auxquels j'ai assisté, dans l'un ou l'autre genre. A la Poudrière, nous avons une volonté de nous ouvrir, de mélanger les styles. Récemment, on a recommencé à faire venir des groupes de hip-hop. Non seulement cela s'est bien passé, mais nos habitués, des gens qui ne connaissent pas forcément, ont été ravis de découvrir des artistes dans ce style".
La Poudrière a également accueilli en janvier le tremplin "Temps pleins" organisé par Groove Attitude. L'occasion de laisser la scène aux talents locaux. "Là aussi, ça s'est très bien passé. A un moment, ces groupes se heurtent à une difficulté d'être relayés. Mais si on leur en donne l'occasion, ils ne sont pas bêtes, ils voient que c'est une reconnaissance et ne vont pas chercher à la saboter"
"Il est vrai que les salles étaient frileuses par rapport au public que les concerts de rap peuvent drainer complète Frédéric Aboura, de Découvert Autorisé. Mais il faut voir aussi que cela leur coûte plus cher lorsque, sur le plan de la sécurité, il faut 5 personnes contre 2 habituellement. On sent cependant que la frilosité s'estompe, qu'une confiance s'installe". Selon lui, il y a une grande différence entre l'image du hip-hop et la réalité : "il existe des clichés, grandement relayés par les médias, qui ne correspondent pas à la réalité. En France, cette scène n'a rien à voir avec ce qui se passe aux Etats-Unis. Et en Franche-Comté encore moins". On peut effectivement regretter de voir plutôt mise en avant l'image sulfureuse du rap, les postures et les attitudes télégéniques et attendues (casquettes retournées, bras croisés, torses bombés) que la démarche artistique. La compilation franc-comtoise réalisée par Attila et le collectif l'Index montre des jeunes chanteurs responsables, même en termes revendicatifs, et pas forcément fascinés par le miroir aux alouettes du rap provocant. En termes de qualité musicale, les organisateurs ont été surpris par le tremplin belfortain auquel ont participé 30 artistes solo et 12 groupes.
Sur son dernier album, Nas chante "Hip hop is dead", oxymoron musical contredit par l'existence et la qualité même de la chanson. Avec un côté ironique aussi, puisque dès le début du mouvement, on ne lui prédisait pas plus d'avenir qu'à un âne mort. C'était à la fin des années 70. Trente ans après, il est toujours là et bien vivant. Et à la base d'initiatives intelligentes, du moins en ce début 2008 en Franche-Comté : festival à Morteau, tremplin à Belfort, compilation à Besançon en attendant la 3e édition du festival Feu, installé par l'association Attila. Autant de réussites qui comptent. 

Stéphane Paris
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