Assise sur le bureau de la prof, Leslie interpelle les élèves : «
Je dois repasser mon brevet ! », lance-t-elle à la classe de 4e. Les voilà embarqués dans l’histoire de cette jeune femme : sa reconversion professionnelle vers le métier de
« technicienne bocage », son
« petit bois » rasé pour devenir un champ de maïs, sa grand-mère qui lui parle du
« remembrement »… Un monologue d’une trentaine de minutes, où la comédienne Leslie Carmine capte l’attention de cette trentaine de collégiens avec son franc-parler et ses allers et retours entre les allées de la salle de classe.
Décloisonner salle de classe et salle de théâtre
Le collège Saint-Exupéry de Lons-le-Saunier est l’une des premières étapes de la tournée 2026 du dispositif « Le théâtre c’est (dans ta) classe ! ». Durant dix jours, deux pièces – l’une Française, l’autre Suisse – sont jouées dans les salles de classe de seize établissements, de Dole à Arinthod, et de Saint-Amour aux Rousses, en passant par Clairvaux-les-Lacs ou Arbois. Mis en place en 2013, ce programme a déjà permis à plus de 23 500 collégiens de découvrir le théâtre, sans avoir à franchir les portes de ces institutions qui peuvent impressionner. Ce matin, à Saint-Exupéry, quatre représentations sont prévues simultanément. Dans une autre salle, Chloe Hollandre campe elle aussi cette jeune diplômée de HEC qui doit repasser son brevet.
« C’est une pièce très minimaliste », décrit Olivier Veillon, auteur et metteur en scène. Là où la deuxième pièce,
Lillith, inclut quelques éléments de décor et deux personnages,
Haie ! se contente d’une comédienne, qui s’adresse directement à son public. Pour finaliser ce projet, Olivier Veillon et sa petite troupe ont passé plusieurs semaines en résidence dans des collèges, pour
« retravailler le texte ». Il faut en effet s’adapter à ce jeune public, mais aussi à cet espace scénique qu’est la salle de classe.
« Il y a une plus grande proximité », se souvient Théophile Chevaux, comédien dans la pièce
Dans ta poche, il y a une collection de futurs fringants, jouée durant l’année scolaire passée.
« Cela permet de décloisonner, poursuit sa partenaire, Margot Madec.
La salle de classe, c’est leur espace, aux élèves, et on vient bouleverser ce confort. » Leslie Carmine, habituée des seules en scène, ne voit pas une
« si grande différence » avec une autre salle de théâtre.
« Il faut aller choper le public ! », sourit-elle.
Le théâtre comme expérience artistique et comme vecteur de messages
Si le dispositif des
Scènes du Jura permet en premier lieu d’amener le théâtre entre les murs du collège, Olivier Veillon voit aussi sa pièce comme
« un moyen d’aborder des thèmes comme la politique, l’écologie. Ce sont des sujets qui sont loin des élèves, c’est pourquoi on repasse par le récit intime de cette jeune femme, à laquelle ils peuvent s’identifier », explique l’auteur et metteur en scène, qui
« joue entre la fiction et la réalité ». Et ça fonctionne : à la fin de la pièce, peu des jeunes spectateurs ont l’impression d’avoir assisté à une pièce de théâtre :
« C’est une comédie », « une histoire racontée », « on dirait qu’elle l’a vécu », réagissent les élèves. Qui s’interrogent encore sur la véracité de cette histoire de brevet à repasser…
« Cela leur fait vivre une expérience artistique de théâtre qui suscite des émotions », s’enthousiasme Alix Viginier, professeure documentaliste, elle-même interpelée de manière complice par Leslie Carmine durant la pièce. Une expérience artistique que toutes et tous n’avaient pas forcément vécu jusqu’à présent, dans une « vraie » salle de théâtre.
Camille Jourdan
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