novembre 2000

Editer, un rêve inaccessible ?

Publier ses écrits est difficile. Mais le nombre d'éditeurs en France permet tout de même de tenter sa chance.
Dessin Christian Maucler

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Etre edité semble être un rêve très largement partagé. Il suffit de demander aux grandes maisons d'éditions les sollicitations dont elles sont l'objet. Au hasard Gallimard : «On reçoit 25 manuscrits par jour» claironne une secrétaire du comité de lecture. Les éditeurs régionaux ne sont pas en reste, même lorsqu'ils sont très spécialisés. A Besançon, les Solitaires Intempestifs, orientés vers le théâtre contemporain, reçoivent par exemple 5 à 10 manuscrits par semaine, venant de toute la France et même de l'étranger. Selon une enquête du ministère de la Culture menée il y a 3 ans, 10 % des Français tiennent leur journal intime. Et 8 % ont déjà écrit roman, poésie ou nouvelles. Si tous n'ont pas le désir d'en tenir leurs contemporains informés, si les deux tiers affirment le faire pour eux-mêmes, 12 % d'entre eux ont proposé leurs écrits à des maisons d'édition.
Vu le nombre d'appelés - ou plutôt d'appelants -, les chances d'être élu sont minimes. Elles existent pourtant. «Nous lisons tout ce que nous recevons» affirme-t-on à Gallimard. On peut le croire : les grandes maisons d'éditions ont les moyens nécessaires ; surtout, elles s'en voudraient d'avoir raté un «gros coup» par inadvertance. On ne rencontre pas un Marc Lévy tous les jours mais il en survient quand même régulièrement. «Il existe un certain nombre d'idées reçues infondées sur l'édition, comme la nécessité de connaître quelqu'un ou d'habiter Paris, complète Christophe Fourvel, chargé de mission au Centre régional du livre de Franche-Comté. Le copinage existe, niais il n'empêchera pas un bon manuscrit d'être publié.»
Evidemment, les petites maisons d'édition ont moins de temps et de moyens pour lire tout ce qu'elles reçoivent. Elles s'intéressent en premier lieu à ce qui correspond à leur politique éditoriale. Directeur de l'Amitié par le livre, petite structure bisontine qui édite depuis 1930, Gérard Varin reçoit en moyenne 2 manuscrits par semaine : «on reçoit de toute la France et de tous les genres : romans, poésie, biographies. Alors j'empile, je rends, je garde, je fais lire et je lis... d'abord ce qui entre dans notre ligne éditoriale».

   Beaucoup d'éditeurs en France

Il en découle pour l'écrivain la nécessité de bien connaître les maisons d'éditions, leur politique et de les cibler en fonction de ses écrits. Il évite de la sorte perte de temps, d'argent et déconvenues. De toute façon, le nombre de maisons d'édition force à faire des choix. En Franche-Comté, on en dénombre actuellement plus de 30 et une quinzaine de revues spécialisées. Ne parlons pas de Paris. «Je pense qu'il n'a jamais été aussi facile d'être édité, annonce même Christophe Fourvel. Beaucoup de gens écrivent, mais beaucoup publient. Il existe des centaines d'éditeurs, l'aide à l'édition n'a jamais été aussi importante. Un bon livre finit toujours par sortir». Revers de la médaille, c'est être lu qui devient difficile. «L'offre est tellement importante qu'un livre n'existe pas plus de 3 mois». Dans le contexte actuel, on passe facilement inaperçu. Ce qui règle le problème de la publication à compte d'auteur, .qu'on ne décrira pas mieux que l'écrivain André Blanchard, dans son texte d'introduction du fascicule du CRL "Des éditeurs en Franche-Comté" : «On ne répétera jamais assez à l'écrivain en herbe quoique tondu par les refus, de retravailler son manuscrit, de signer pour un nouveau bras de fer avec la page blanche, on ne lui répétera jamais assez de préférer cela, voire rien de cela et une démission on ne peut plus judicieuse, plutôt que publier à compte d'auteur, cette foutaise qui vous colle direct au piquet. Que voulez-vous, tous ces gros malins qui s'enrichissent sur le dos de gratte-papier que la vanité mène par le bout du nez, c'est la faute à Proust».
Travailler, progresser pas à pas, être patient, sont des conseils récurrents. «Avant de commencer par les maisons d'éditions, il faut peut-être songer qu'il y a des revues dans lesquelles on peut placer es petits textes, commencer à se faire connaître et à connaître des gens. En général, on écrit des petits textes que l'on soumet, à commencer par son entourage, on a des retours et petit à petit on construit quelque chose. Il ne faut pas trop s'imaginer écrire tout seul dans son coin et avancer sans avis extérieur» résume Christophe Fourvel. Actuellement en résidence d'écrivain à la saline royale d'Arc-et-Senans, la poétesse Sandra Moussempès a par exemple suivi cet exact chemin.

   Internet, une autre manière d'éditer

Evoquer l'étape suivante, c'est-à-dire vivre durablement de l'écriture, c'est entrer dans les sphères de l'improbable. Il faut pour cela s'être fait connaître et produire régulièrement, c'est-à-dire s'astreindre à un travail aussi laborieux qu'un autre, qui n'a rien d'une activité dilettante et tranquille comme on peut se plaire à l'imaginer. Et il faut un certain succès : «pour gagner de l'argent, il faut vendre des livres rappelle en riant Gérard Varin. Mais je ne connais pas de sujet qui se vende comme des petits pains...» D'emblée, la maison Gallimard n'a d'ailleurs que deux noms à citer dans cette situation : d'Ormesson et Le Clézio. Les écrivains à vivre de leur plume sont très peu et ce sont quasi exclusivement des romanciers. Mais l'écriture peut nourrir par d'autres biais : prix et bourses, revues, résidences d'artiste, ateliers et stages d'écriture, voire écrivain pour d'autres à l'instar de Maud Lescoffit, jeune bisontine qui a obtenu un Défi-jeunes pour créer son entreprise d'écrivain privé. Pour revenir à réalité plus accessible, Internet est peut-être en train de devenir le lieu où le rêve d'éditer de tout un chacun est immédiatement réalisable. Déjà existent des sites où l'on peut mettre ses textes en ligne.Certains opèrent une sélection, d'autres non. Certains comme publibook.com éditent tous les écrits (dans la limite de la légalité) moyennant un abonnement de l'auteur. Mais le foisonnement sur le web étant encore plus important que l'édition papier, on peut se demander quelle visibilité trouvent ces textes. En second lieu, le prestige séculaire qui entoure le livre ne laisse pas entrevoir un remplacement très prochain par le virtuel : la preuve, la plupart des sites ne manquent pas de signaler aux auteurs «virtuels» que les «vrais» éditeurs surfent, à l'affût de textes à éditer. D'autres sélectionnent eux-mêmes les meilleurs écrits pour les mettre en vente sur le site sous la forme de... vrais livres.

Stéphane Paris

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