« Ce n’est pas tous les jours que l’on peut rencontrer l’excellence dans son métier », affirme Vincent Peseux, initiateur de cet événement organisé dans le cadre de l’universitarisation (1) du DNMADE (diplôme national des métiers d’art et du design). Durant cette journée, près de 200 étudiants et étudiantes issus de formations de la région, ont pu échanger avec 7 Meilleurs Apprentis de France (MAF) et 12 Meilleurs Ouvriers de France (MOF). Ces deux titres prestigieux récompensent celles et ceux qui se démarquent le plus dans leur métier – plus de 200 métiers pour le MOF, 120 pour le MAF.
D’abord autour d’une table ronde, puis avec de petits groupes réunis par secteur, les MAF et les MOF ont éclairé leurs auditeurs sur leur parcours, pas toujours linéaire. Mathilde Petit, MAF en sertissage haute joaillerie, a d’abord fait des études postbac en design avant de se rendre compte que c’était « le côté manuel » qui lui plaisait et de bifurquer vers un brevet des métiers d’art (BMA) en alternance au lycée Edgar Faure de Morteau. Juliette Combalot, elle, est passée par une année de licence en sciences de l’éducation avant de découvrir la céramique, et d’être distinguée MAF deux fois, en décoration sur porcelaine et sur faïence. En venant à la rencontre de plus jeunes, elle souhaite « faire connaître la voie professionnelle, et montrer qu’il n’est pas dénigrant de faire un CAP ou de se réorienter ». « Le concours MAF démontre que l’on peut réussir dans ces métiers, qui sont parfois méprisés », ajoute Mathilde. « Il nous crédibilise auprès de nos parents », complète enfin Quentin Roblin, passé lui aussi par un baccalauréat, avant de revenir à sa passion première, et de décrocher le titre de MAF pendant son CAP de tourneur sur bois, en 2021.
Beaucoup de travail
Pour décrocher ces titres, pas de secret, mais beaucoup de travail. « Je m’y mettais tous les soirs après l’école, les week-ends, les jours fériés, pendant les vacances », raconte Victoria Luis, en BMA au lycée de Moirans-en-Montagne. Ses efforts ont payé quand elle a été désignée MAF en ébénisterie, cette année. Pour les MOF, la préparation du concours se fait souvent en parallèle des heures de travail. « J’y ai dédié 1 300 heures sur un an », se souvient Denis Badin, MOF 2004 en bijouterie, qui voulait atteindre « la pièce parfaite ». Ces concours exigent en effet la réalisation d’une « œuvre », répondant à des consignes précises : une montre à gousset sonnant toutes les heures, une robe en soie noire et/ou blanche avec bustier, un siège d’apparat contemporain forgé… Dans certains métiers, les candidats ont plusieurs mois pour rendre leur pièce finale, et dans d’autres, celle-ci doit être fabriquée « en loge », devant un jury, durant un temps imparti. Cette deuxième modalité implique des heures d’entraînement en amont. Quoi qu’il en soit, préparer le MAF ou le MOF permet d’« améliorer sa technique », témoignent Mathilde et Juliette. « Il faut sortir tout son esprit sportif, affirme Christelle Santabarbara, MOF 2015 en couture, dans la catégorie robe du soir. C’est une aventure formidable, et une rencontre de passionnés. » « Mais il faut se préparer à gagner et à perdre », prévient Julien Zinniger, MOF 2018 en joaillerie.
Inspirant, pour les jeunes étudiants ? « Ça ouvre des portes », s’enthousiasme Lucie, en DNMADE graphisme à Besançon, qui a découvert certains métiers qu’elle ne connaissait pas dans sa filière. « Je ne pensais pas que les graphistes pouvaient participer au concours MOF », constate son amie Lilirose. « Les pièces qu’ils nous ont montrées étaient vraiment impressionnantes, mais le concours fait peur ! » confie de son côté Aziliz, en DNMADE haute joaillerie à Edgar Faure. Cloé, dans la même section, confirme : « C’est très exigeant, et quelle charge de travail ! » « Aujourd'hui, on n’a pas les compétences suffisantes, remarque Lucie, en haute joaillerie également, mais ça fait rêver ! »
Camille Jourdan
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