Formation
Je suis né à Toulouse et j’ai grandi à Montbarrey, dans le Jura. Après mon bac au lycée Nodier, à Dole, j’ai suivi une année aux beaux-arts à Besançon puis je suis allé à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, dans l’atelier de Claude Lapointe. L’année à Besançon m’a bien armé pour passer le concours des arts déco.
Vocation
Mon père m’achetait pas mal de BD, de magazines comme Pif, Le Journal de Mickey. J’ai toujours aimé dessiner, mais je n’étais pas très bon. J’avais un copain qui était très doué. Je voyais la facilité avec laquelle il caricaturait les profs et ça a été une révélation. En l’observant, j’ai essayé de m’y mettre plus sérieusement, de manière empirique. Puis j’ai vu un reportage sur l’école de Strasbourg et ça m’a donné vraiment envie. Après le bac, je savais que c’était ce que je voulais faire, la BD. Pouvoir raconter des histoires à travers le dessin.
Métier
Au début, je me suis débrouillé pour faire des illustrations à droite, à gauche. Quand j’ai passé mon diplôme à Strasbourg, j’avais déjà publié deux livres chez Milan, des illustrations de contes traditionnels. Je n’hésitais pas à aller voir des gens, des éditeurs avec mon book. A l’époque, la fin des années 90, c’était encore possible ; maintenant, tout passe par Internet. Quoi qu’il en soit, c’est beaucoup de démarchage pour se faire connaître. Il faut avoir à l’esprit que dessinateur de BD est un gros boulot, pas bien payé, où tu es seul. Une BD, c’est plusieurs mois de travail. C’est un investissement, c’est beaucoup de temps sans être rémunéré. Pour gagner sa vie, il faut faire feu de tout bois. En parallèle, je donne des cours de story board, de perspective, de dessin. J’ai aussi des commandes d’illustration, par exemple des étiquettes pour un vigneron.
Quotidien
Une journée de travail type débute vers 6 h 30 – 7 h avec quelques exercices physiques, car les postures de bureau ne sont pas top en général. Ensuite, je bosse toute la matinée, puis à partir de 14 h 30 et parfois je m’y remets le soir. Tout peut être mélangé au cours d’une journée : dessiner, faire ma promo, faire ma compta, faire des recherches iconographiques.
Avantages
Le premier, c’est le plaisir de la pratique du dessin. Pour moi c’est l’essentiel. C’est aussi un métier de création à travers lequel j’ai pu m’engouffrer dans des univers de fiction ou dans des recherches historiques, qui sont l’occasion d’apprendre des choses. Et il y a le fait d’être indépendant, sans quelqu’un au-dessus de soi, avec une liberté d’emploi du temps.
Difficultés
Justement, le fait d’avoir une profession indépendante est à double tranchant. C’est bien mais cela signifie aussi des moments où l’on a zéro commande, donc zéro revenu. Comme je l’ai dit, développer un projet de BD, c’est long, non seulement avec des histoires, des personnages, des planches à concevoir, mais aussi des dossiers à monter pour les éditeurs. Comme on travaille seul, il faut se motiver soi-même, se prendre en main et gérer son emploi du temps avec une certaine rigueur. Les jours où je ne dessine pas, je réponds à des messages, je cherche de la doc, je remplis des appels d’offre. Etre seul est à la fois un avantage et un inconvénient, mais certains bossent en atelier ou en coworking, ça peut être positif sur certains aspects.
Conseils
Il faut se donner les moyens, par exemple s’investir, aller au devant des demandes lorsqu’on est dans une école. Il faut surtout être curieux, voir ce qui se fait ailleurs pour s’améliorer. Savoir être humble, parce qu’on a toujours une marge de progression, et en même temps avoir de l’enthousiasme et de l’envie. Il ne faut pas hésiter à montrer son travail. On travaille beaucoup tout seul, alors parfois on se fait une fausse opinion de ce qu’on produit. Et puis ne pas hésiter à demander des conseils de professionnels à l’occasion. J’ai toujours apprécié ces moments où d’autres ont pris le temps de le faire.
Recueilli par S.P.
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