janvier 2005

«L’obésité mène à des problèmes de tous ordres»

Un enfant sur 6 est concerné par le surpoids à l’heure actuelle en France, alors qu’ils n’étaient que 3 % en 1980. Avec un taux de 12 %, la Franche-Comté est en dessous des 16 % de moyenne nationale, mais ces chiffres sont préoccupants. Le docteur Catherine Monnet, médecin chef responsable des soins à la Beline, organisme de Salins-les- Bains spécialisé dans la prise en charge des jeunes, explique pourquoi.
Photo Laurent Cheviet
«L’obésité mène à des problèmes de tous ordres»

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Comment explique-t-on l’augmentation actuelle de l’obésité ?
Il y a clairement un lien entre les problèmes sociaux et le pourcentage d’obèses. Cela tient à de nombreux facteurs : moins grande attention à l’image de soi, cumul de difficultés, de pathologies. Tout est très intriqué. Une réalité par exemple : quelqu’un d’aisé s’inquiète plus vite si son enfant se met à prendre du poids. Sur la nourriture, même chose : il coûte plus cher de faire un repas équilibré avec fruits et légumes que d’acheter une pizza. En caricaturant, dans les pays riches, l’obésité est un problème de pauvres alors que dans les pays pauvres c’est un problème de riches.

Est-ce la cause principale de cette hausse de l’obésité ?
On constate également très fréquemment un rapport entre un traumatisme familial comme un décès ou une séparation et la prise de poids. Ici, à la Beline, parmi les enfants obèses, ceux qui sont issus de familles modestes ou monoparentales sont surreprésentés. Quand il s’agit d’une réponse à un problème psychologique, il suffit qu’il n’y ait pas de réaction familiale, que personne ne pose de limites, pour que l’obésité devienne grave.

Mais problèmes familiaux, pauvreté, précarité ne sont pas des phénomènes nouveaux alors que l’accroissement de l’obésité est récent.
Pour le nombre de familles monoparentales, si. La séparation est une donnée sociale en augmentation. Il n’y a pas toujours, dans l’obésité, un traumatisme familial à la base et la réponse à un traumatisme n’est pas non plus toujours l’obésité, mais peut-être que cela devient une forme de réponse actuelle. C’est une hypothèse mais peut-être qu’avant les gens étaient plus névrosés. Aujourd’hui, ils sont plus libres, moins cadrés donc moins névrosés et réagissent aux problèmes plutôt par des troubles de comportement, obésité ou autre. Il y a aussi plus d’anorexies qu’avant par exemple. Mais ce qui est compliqué, c’est qu’il y a plein de tiroirs imbriqués les uns dans les autres et surtout que chaque cas est particulier.

“la nourriture est une transaction :
   on l’utilise pour être tranquille, on
   a peur de dire non”


D’autres causes liées au mode de vie entrent en jeu : par exemple, nous vivons dans une société de consommation avec un double message fort et contradictoire : la publicité incite à consommer, à manger d’un côté et de l’autre véhicule l’image idéale de modèles maigres. Le premier message a tendance à nous dire que l’important est de consommer. Alors les gens pensent faire plaisir à leurs enfants en les nourrissant, quitte à les nourrir mal. Et il faut bien avouer qu’il y a une perte de certains repères éducatifs, de rythmes biologiques. Les jeunes se nourrissent n’importe quand. Aujourd’hui, on dit aux enfants «tu as faim, va te servir». On ne veut pas qu’ils sachent ce qu’est la faim. Et ce dès le plus jeune âge en donnant une tétine ou en alimentant un bébé dès qu’il crie. C’est un conditionnement qui commence très tôt et dans lequel la nourriture est une transaction : on l’utilise pour être tranquille, on a peur de dire non. Dès la petite enfance, on répond à cette pulsion et on la favorise par «je te donne».
Autre phénomène, tout est fait pour rendre la vie plus facile : on achète des plats déjà cuisinés, des frites surgelés ; il y a une perte d’habitude des repas traditionnels, on ne prend plus le temps d’éplucher des légumes. Cette façon de se nourrir a peut-être des avantages mais ne va pas dans le sens d’une nourriture équilibrée. De l’autre côté, les obèses sont stigmatisés et cela mène à un cercle vicieux très difficile à briser : on est mal on mange trop, on mange trop on grossit, on grossit on est montré du doigt, alors on est mal, on mange plus…
Globalement, on sait également que les gens bougent moins qu’avant. Il y a 3 courbes dont l’évolution est étonnamment parallèle : celles du taux d’obésité, des heures moyennes passées devant la télévision et du nombre de voitures par foyer. Evidemment, celui qui bouge brûle des calories, l’autre non.

Y a-t-il des facteurs génétiques ?
Dans une même famille, on va trouver des maigres et des obèses donc ce n’est pas sûr. Mais il y a certainement une hérédité : quand on a 2 parents obèses, on a 80 % de chances de l’être. Quand on en a un, c’est 40 %. Mais c’est davantage dû aux habitudes de famille.

Peut-on être obèse et bien dans sa peau ?
Quand on l’est trop, je ne crois pas. Mais si c’est modéré, oui. Il y a des gens bien portant, qui sont des bons vivants et qui le vivent très bien. Dès que l’on est dans les obésités graves, cela répond à un problème psychologique au sens large. Il y a des personnes qui sont capables de s’en montrer fier mais c’est défensif, c’est une carapace.

Vous êtes médecin et vous occupez d’obésité : est-ce à dire qu’il s’agit d‘une maladie ?
Elle est peut-être due à une défaillance externe, mais c’est une maladie quand même. Qui génère arthrose, infarctus, hypertension, diabète, malaises, problèmes de dos etc. et ce assez tôt. En fait l’obésité peut mener à des problèmes de tous ordres, cardio-vasculaires, respiratoires, locomoteurs, métaboliques. J’ai déjà vu des hypertensions infantiles ! 5 à 6 % des diabètes sont liés à l’obésité. Et le diabète abîme le corps sans douleur, sans symptômes. Chez les adultes, c’est la première cause de cécité, mais on ne sent rien venir. Si l’on a des diabètes à 25 ans au lieu de 40, il y a forcément un effet de surmortalité. Avec l’obésité, le risque de cancer est multiplié par 1,5 à 2. Et puis si l’on peut combattre l’obésité, maigrir, il arrive un moment où les dégradations qu’elle engendre sont irréversibles. Maigrir peut faire diminuer un taux de cholestérol mais quand vous avez une arthrose du genou, vous avez beau perdre 20 kg, votre genou demeure endommagé.
Aujourd’hui, on voit des jeunes ayant déjà des problèmes de hanches liés à l’obésité et des opérations à la clé. Et puis l’obésité ellemême peut se traiter mais il arrive un moment où l’on ne reviendra jamais à la norme. Un obèse de 110 kg ne redescendra pas à 70.

Comment prévenir ?
Ce n’est pas difficile, il suffit de faire attention à l’indice de masse corporelle et à la courbe de corpulence qui doit normalement être régulièrement mise à jour dans le carnet de santé. Cet indice permet de voir tout de suite où l’on se situe, c’est le meilleur indicateur de diagnostic. Et si la courbe de la pente s’accentue, il faut se méfier et vraiment
surveiller.

Recueilli par Stéphane Paris
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