juin 2004

S'exposer au soleil est dangereux

Depuis plusieurs années, des dermatologues francs-comtois mènent une campagne, unique en France, de sensibilisation aux risques liés aux UV. Lesquels sont entièrement liés à nos comportements. Entretien avec le docteur Hervé Van Landuyt.

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Comment explique-t-on l'augmentation des cancers de la peau ? Est-ce que l'attitude du public face au soleil est plus dangereuse qu'avant ?
Il y a un mensonge qui persiste depuis 25 ans : avec une crème solaire adéquate, on peut se protéger efficacement. Mais il n'existe pas de crème solaire totale. D'ailleurs, l'expression écran total a été abandonnée par les fabricants. La seule solution efficace, c'est de porter vêtements et chapeau. Il y a également un problème de comportement : regardez les photos d'avant 1945, la plupart du temps les gens sont couverts, avec des chemises longues, des chapeaux sur la tête, même par temps ensoleillé. Maintenant ce n'est plus le cas. Ensuite, à partir des années 50 - 60, l'habitude de partir en vacances se généralise. Puis dans les années 60 - 70, s'installe l'idée que pour être beau, il faut être bronzé. Là-dessus, s'ajoutent 2 erreurs médicales : on «invente» l'écran total et on fait croire aux gens que le soleil n'est dangereux que sur la Côte d'Azur en été. On n'a pas dit aux gens que les dangers du soleil, c'est du ler janvier au 31 décembre. Je vois des gens qui me demandent des conseils solaires avant de partir dans le sud, mais jamais pour aller en Bretagne. Résultat de cet ensemble, la sanction tombe au-jourd'hui : le cancer de la peau est le plus fréquent de tous en France, sa fréquence augmente vite et il coûte très cher. Aujourd'hui, c'est 4000 morts par an...

Bronzer sur une plage n'est donc pas la seule pratique dangereuse ?
J'ai plus peur pour un agriculteur qui fait ses foins dans le haut Doubs que pour quelqu'un sur une plage à Nice. A 0 m, le soleil est moins dangereux qu'à 1000 m. Du point de vue des UV, une heure de soleil en montagne équivalent à 2 heures sur la Côte ! Et quand on monte en altitude, on sent moins la chaleur, donc on se protège moins. Or chaleur et UV n'ont rien à voir. Même chose quand il fait couvert ou que le temps est moins lumineux : je ne me protège pas mais les UV traversent tout, nuages compris. Et ce n'est pas un problème de couche d'ozone : en France, on n'est pas concerné par le trou dans la couche d'ozone. Au contraire, elle limite le passage des UV Il faut aussi préciser que tous les UV sont dangereux et donc que les machines à bronzer sont des machines à cancer. Avec des gens qui paient alors qu'ils sont peut-être en train de fabriquer leur maladie !

Est-ce qu'on est plus protégé si l'on est bronzé ?
Cela n'a rien à voir. Il suffit d'aller dehors mal protégé pour être exposé. Mais il est vrai qu'un coup de soleil est ce qu'il y a de plus dangereux et donne les cancers les plus graves. Mais aujourd'hui, on fait tous les cancers : les plus graves par l'exposition brutale mais aussi les cancers chroniques par une exposition toute l'année. Précisons que plus de 90 % des cancers de la peau viennent du soleil. C'est donc un cancer que l'on a créé de toutes pièces par notre comportement. Et même si c'est beaucoup moins grave pour la santé, les UV sont aussi responsable de vieillissement cutané.

Y a-t-il des situations plus «risquées» que d'autres ?
Le plus dangereux, c'est entre 11 h et 16 h. On peut dire que plus notre ombre est petite, plus l'exposition au soleil est risquée. Le sport en plein air l'après-midi est de ce fait à stigmatiser, d'autant que les pratiquants ont l'habitude d'être peu vêtus. Il faut aussi faire attention aux environnements réverbérants : le sable, la neige, la glace. L'idéal, c'est l'herbe, qui ne réfléchit pas. Dans l'eau, les UV passent jusqu'à 80 cm. Et lorsqu'on sort de l'eau, il faut se sécher immédiatement car les gouttes d'eau ont un effet de loupe. Dans la région, il y a également un danger lié à la floraison des piscines. Nous avons un signal d'alarme par rapport au soleil : quand on commence à sentir qu' on « cuit ». Si l'on se met dans une piscine, ce signal n'existe plus... Tout cela ne veut pas dire qu'il ne faut plus aller en vacances, mais il est possible d'adapter les activités aux horaires, suivant les risques. Par exemple, aller à la plage en fin d'après-midi plutôt qu'à 14 h. Et ce n'est pas une hérésie de mettre un enfant avec un t-shirt dans l'eau. En voiture, il faut aussi se protéger : les UV traversent les vitres, de façon un peu limitée lorsqu'elles sont teintées.

Le crème solaire est-elle inutile ?
Elle n'est pas suffisante mais nécessaire quand même car elle évite les coups de soleil. Elle doit venir en complément d'un comportement prudent, en respectant les conseils d'utilisation. A savoir, en mettre toutes les 2 heures au bord de la mer, toutes les heures en montagne, sans oublier d'endroit exposé. Un tube ne doit pas durer plus de 3 jours. Mais cela n'a d'intérêt que si la crème est de qualité, c'est-à-dire achetée en pharm-cie et pas en grande surface. Les indices de protection trop faibles, inférieurs à 15, voire 20 sont inutiles.
Le cancer n'est cependant pas systématique. Nous avons tous un capital solaire, une sorte de carte à points et toute exposition contribue à l'abîmer. Chaque fois qu'on s'expose, on la grignote et elle n'est pas élastique. D'un autre côté, nous avons tous une capacité de « réparation » différente et celui qui a un bon système de réparation échappera au cancer. Mais le mieux demeure d'adopter un comportement prudent.

Quel est le taux de guérison des personnes atteintes ?
Tout cancer de la peau opéré suffisamment tôt est guéri. Mais il tué en 5 ou 6 mois si on intervient trop tard. L'avantage que l'on a est qu'il s'agit d'un cancer qui se voit extérieurement. Mais il faut surveiller sa peau régulièrement. Toute tache, tout grain de beauté qui change, toute lésion bizarre doivent être montrés à un médecin.

Recueilli par Stéphane Paris
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