mars 2010

Internet peut être une addiction

Elisabeth Rosset est psychologue à l'hôpital Marmottan, en région parisienne. Elle reçoit depuis 2004 des patients qui présentent des troubles liés au web. En cause : jeux en ligne, jeux d'argent, sites porno.
Dessin Christian Maucler

  • commentercommenter
  • envoyerenvoyer
  • imprimerimprimer
  • caractèrePLUSMOINS
Comment constate-t-on une addiction ? Par le nombre d'heures passées devant l'ordinateur ?
Non, car cela dépend des cas. C'est plutôt quand l'activité devient très envahissante au point de prendre la place d'activités que l'on avait auparavant, de pouvoir empêcher de travailler, dormir, vivre normalement. 

Quelle est la typologie des personnes que vous rencontrez ?
Il y a trois principaux modes d'addiction à Internet : d'abord celui des jeux vidéos, avec une population plutôt jeune et masculine. Ensuite celui des jeux d'argent et de hasard en ligne, avec un public un peu plus âgé, mais aussi plus hétérogène, de gens qui pratiquaient déjà ces jeux avant de s'y mettre sur Internet. Des 25 - 30 ans, là aussi en majorité masculins. Enfin des accros aux sites pornographiques, qui sont surtout des hommes à partir de 30, 40 ans. 

Si l'on prend le cas des jeux en ligne, Internet n'est pas plutôt un biais qu'une finalité ?
Oui et non. Oui parce que l'addiction existe en dehors d'Internet. Non parce que sans Internet, ces personnes ne seraient pas devenues aussi accros. Internet facilite les choses : c'est très accessible, c'est à la maison et donc cela participe activement à la mise en place d'une addiction. 

Quelles sont les conséquences ?
L'isolement, l'exclusion, le repli sur soi. On a moins d'échanges et en fonction des pathologies, on peut s'enfoncer dans le mensonge. Il y a des conséquences sur les rythmes biologiques : il y a plus d'activité le soir et la nuit, il y a des décalages au niveau du sommeil, de l'alimentation. 

Quelle est la différence avec la télévision dans la mesure où certaines personnes peuvent également passer beaucoup de temps devant ?
On ne rencontre pas de phénomène d'addiction à la télé. Devant une télévision, même s'il arrive que l'on regarde jusqu'à point d'heure, on est passif. Ce n'est pas la même chose sur Internet où l'on est dans une interaction, qui implique la participation active du cerveau et du corps.  

Le mot addiction n'est-il pas trop fort ?
Les conduites addictives existent mais c'est vrai que le mot est utilisé à tout va. Sur Internet, certaines personnes pratiquent beaucoup sans que cela soit une addiction, notion qui implique une souffrance et un processus complexe, sur plusieurs années. Il faut faire attention de ne pas stigmatiser des pratiques qui ne sont pas addictives lorsqu'on est juste face à un adolescent en construction sur qui coller une étiquette peut avoir un effet néfaste. On a déjà connu cela avec le cannabis, diaboliser dessert plus qu'autre chose. Les parents doivent avoir une vision claire, l'addiction concerne des jeunes vraiment en difficultés psychiques, environnementale, familiale. On est aussi sur des conséquences en général moins graves que pour d'autres types d'addiction comme l'alcool. 

Qu'est-ce qui déclenche la nécessité de vous consulter ?
Généralement, c'est l'insistance de l'entourage, ce qui est classique de toute conduite addictive. Les patients viennent sur ce conseil de l'entourage et parce qu'ils se sentent mal ou dépassés. Certains essaient d'arrêter, de se réguler eux-mêmes mais quand ils y retournent quand même, ils se sentent vraiment dépassés. 

Comment se soigner ?
Il y a une prise en charge d'abord par l'usager lui-même, qui passe par des entretiens de type psychothérapeutique. Ensuite il peut y avoir différents types d'intervention selon les cas. Par exemple une intervention sociale s'il y a des dettes de jeu parce que généralement on ne voit pas clair là-dedans. Des interventions médicales sont également possibles. 

Lorsque vous intervenez dans les classes, trouvez-vous les jeunes conscients des risques ?
La notion de risque et ce qu'ils en font n'est pas la même que pour les adultes… Je trouve qu'ils sont suffisamment sensibilisés au fait que l'outil Internet présente des risques, il y a suffisamment de battage médiatique là-dessus. Ils pratiquent beaucoup mais je pense qu'ils sont critiques sur ce qu'ils trouvent, sur ce qu'ils voient, sur ce qui est vrai et pas vrai. Et l'addiction, ils en discutent entre eux, ils ont tous en tête un exemple de conduite exagérée. 

Comment prévenir ?
C'est surtout une question d'éducation, que les parents mettent une limite aux écrans en général, qu'ils évitent d'en mettre dans la chambre. Et cela commence dès l'enfance. Mais les parents d'aujourd'hui sont dépassés parce qu'ils ne sont pas nés avec cette technologie et qu'ils n'ont pas la même familiarité, ni le même usage. Il faut un peu de temps pour que tout le monde s'approprie ces nouveautés. 

Recueilli par Stéphane Paris
Retour

Commentaires

Afin de poster un commentaire, identifiez-vous.

Se connecter S'inscrire

articles

express

Santé : « À chaque situation, son numéro »


janvier 2026
Après les fêtes, voici le froid et le verglas et leur lot de blessures : en période de forte tension sanitaire, les besoins de soins augmentent fortement. S'y ajoutent les vagues épidémiques (grippe, bronchiolite, Covid…), les fermetures temporaires de cabinets médicaux pendant les congés et les grèves du personnel médical. L'afflux de patients peuvent conduire à une saturation du Centre 15, qui gère les appels d’urgence pour le Doubs, le Jura, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort. Afin d’anticiper ces situations, le CHU de Besançon et l’Acoreli, association regroupant les médecins régulateurs libéraux, lancent une campagne d’information à destination du grand public : « À chaque situation, son numéro ». Résumé :
Le 15 doit être appelé sans hésiter dès lors qu’une situation paraît grave ou urgente : malaise, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, perte de connaissance, accident, symptômes soudains et inquiétants, etc. Chaque appel est traité par des professionnels de santé, assistant de régulation médicale puis médecin régulateur urgentiste, qui évaluent la situation et apportent la réponse la plus adaptée.
Lorsque la situation ne relève pas de l’urgence, il est important de privilégier d'autres circuits :
- contacter son médecin traitant.
- en cas d’indisponibilité, consulter le site sante.fr, qui permet d’identifier les lieux de soins et professionnels disponibles sur le territoire.
- enfin, si vous ne trouverez pas de médecin généraliste, appelez le 116 117, numéro de la permanence des soins, accessible la nuit en semaine de 20 h à 8 h, le samedi de 12 h à 20 h, le dimanche et les jours fériés de 8 h à 20 h. Un médecin régulateur libéral de l’Acoreli prendra en charge votre appel.
Le CHU rappelle qu'en adoptant les bons réflexes, chacun contribue à réduire la saturation des lignes d’urgence, garantir une réponse rapide aux patients en détresse, préserver l’efficacité du système de soins pour tous.

Numérique et dépendance


janvier 2026
L'addiction aux jeux vidéos est pour l'instant la seule reconnue comme maladie par l'Organisation mondiale de la santé. Les autres formes de dépendance au numérique, de l'attachement à l'objet au besoin de consultation et à l"usage intensif sont classés dans différentes catégories de troubles du comportement comme l'anxiété ou les comportements compulsifs. A noter que l'isolement social peut-être cause, conséquence et/ou symptôme de la dépendance au numérique. 

Alcools


octobre 2025
Le neurobiologiste Mickael Naassila vient de publier J'arrête de boire sans devenir chiant (éditions Solar, 18 euros). Son propos : à aucun moment l'alcool n'est bénéfique à la santé et toute consommation, même minime, comporte des risques. Les seuils de déclenchement de cancers sont par exemple assez bas. Sinon : risques cardiovasculaires, atteintes au foie, déficits congitifs, démence précoce, violence, accidents de la route. Et si chacun souhaite faire le point sur sa consommation : mydefi.life. Santé !

Centre garatuit d'information, de dépistage et de diagnostic du Doubs-Jura


octobre 2025
Cet organisme assure un accueil anonyme, confidentiel et gratuit pour le dépistage, la prévention, le traitement et le suivi des infections sexuellement transmissibles. Il propose également un service de vaccination (hépatite A et B, HPV), une évaluation des risques, la délivrance de contraception d'urgence et des conseils personnalisés en santé sexuelle. Accueils à Besançon (15 avenue Denfert Rochereau, 0381634450), Montbéliard (40 faubourg de Besançon, 0381993700); dole (CH, 73 avenue Léon Jouhaux, 0384798077), Lons (CH, 55 rue du Dr Jean Michel, 0384356206). Infos sur ahs-fc.fr.

Deuil périnatal


octobre 2025
Peu évoqué dans le débat public, le deuil périnatal concerne les pertes de grossesses précoces du premier trimestre (200 000 par an en France) et la mortalité périnatale (interruption médicale de grossesse, décès in utero, à la naissance ou au cours des 7 premiers jours de vie) touchant près de 7 000 femmes et couples chaque année. Ce drame conduit à un traumatisme qui varie selon le moment de la grossesse ou encore, selon l'expérience personnelle propre à chaque femme et chaque couple. D'après le CHU de Besançon, les grossesses arrêtées précocement (GAP) concernent 15 à 20 % des grossesses au premier trimestre. Un chiffre conséquent " mais une prise en charge morcelée et hétérogène, avec des parcours peu lisibles, des moyens limités et un accompagnement insuffisant, ce qui aggrave la souffrance des patientes et des couples" . Pour répondre à ces lacunes, le CHU a mis en place une nouvelle filière de soins novatrice dans notre région dédiée entièrement aux GAP pilotée par un médecin référent, visant à offrir un parcours structuré, coordonné, plus humain, alliant prise en charge médicale adaptée et soutien psychologique. Parmi les actions mises en oeuvre figurent des consultations post-GAP spécifiques, des parcours mieux identifiés, un protocole standardisé, des supports pédagogiques pour les patientes etr les fratries, la création d’une box ressource à disposition. Le CHU souhaite aménager une nouvelle pièce dédiée appelée « salon des anges » et la rendre propice au recueillement. Pour mener à bien cette initiative, le fonds Phisalix (fonds de dotation du CHU) est à la recherche de 10 000 €. Chacun peut y contribuer ici.
Voir tout