Etre à la tête d’une entreprise était moins une préméditation qu’une opportunité. Mais en reprenant la librairie Les 3 Souhaits à Morteau, Isabelle Breitenstein s’est lancée avec enthousiasme dans l’aventure. Dès l’entame de ce parcours, elle a obtenu le prix régional Initiative au féminin (1), à 22 ans.
« L’ancienne gérante cherchait une apprentie. J’y ai fait mon alternance en 2021 et 2022 pour mes études à l’Iméa de Besançon, puis un CDD de 3 mois. En 2023, alors que je cherchais un poste de responsable, j’ai appris que la gérante voulait vendre, alors je me suis lancée sans hésiter, en étant bien soutenue par mes parents et mon compagnon. Je ne voulais pas avoir le regret de ne pas avoir tenté ».
Deux ans plus tard, la jeune femme originaire du Russey s’épanouit au milieu de 270 m² de surface de vente, bien placés au coeur de Morteau.
« Petite, je détestais lire, rit-elle.
Mais c’était plus par esprit de contradiction. Un jour, il y a eu un livre déclencheur, Les Guerres du monde émergé, puis d’autres comme La Guerre des clans (2). J’ai commencé à partager mes lectures au collège et depuis, j’ai envie de tenir une librairie. La licence m’a permis de tester le métier pendant un an et de confirmer que ça me plaisait, alors que j’avais peur que ça casse la passion ».
Pour l’instant, c’est plutôt l’inverse qui se produit, tant elle trouve le métier agréable.
« J’aime bien ranger les livres ! J’aime le côté organisation et le côté conseil. On a une clientèle super agréable, qui se rend en librairie par plaisir. On a l’avantage de pouvoir choisir les livres qu’on vend ».
Elle-même avoue un penchant de base pour la romantasy, la romance, le manga, mais le fonds est varié, tous les champs sont abordés. Il en va de la viabilité d’une librairie indépendante.
« On a un rayon féminisme important. On essaie d’avoir de la diversité, des rayons jardins, ésotérisme, etc. En arrivant, j’ai essayé de développer les rayons jeunesse et mangas. Ils sont très porteurs, mais ce qu’on vend le plus, c’est la littérature générale. » Le budget loisirs étant le premier touché par les fluctuations conjoncturelles, avoir une visibilité sur le futur n’est pas évident.
« On est un peu en dessous des prévisions, mais ce n’est pas alarmant. On augmente plus légèrement que prévu ». La papeterie et les jeux de société permettent de faire plus de marge que les livres.
« Et des marques comme Legami, populaire auprès des jeunes, nous apportent une nouvelle clientèle ».
Multiples animations
Une dynamique s’impose presque, celle de faire vivre le lieu par des animations. Les 3 Souhaits, qui comptent 3 salariées, en proposent beaucoup, 2 à 4 par mois : nocturnes, rencontres, dédicaces, mais aussi ateliers, escape games, travail conjoint avec fleuriste pour la fête des mères… L’enseigne a obtenu
le label LiR qui reconnaît et valorise les engagements et le travail qualitatifs des libraires indépendants.
« On essaie d’en faire tout l’été pour animer Morteau. L’année prochaine, ce sera les 15 ans de la librairie. J’aimerais beaucoup organiser un salon du livre » complète celle qui était marraine du prix Initiative au féminin en 2025. Son dynamisme peut faire figure d’exemple.
« On m’a pas mal encouragée, mais en tant que jeune femme, il faut parfois s’affirmer. Je pense qu’il y a des domaines, dans des métiers dits « masculins », où c’est plus compliqué qu’en librairie. Mais on entend quand même des remarques que les gens ne feraient pas avec des hommes, des " je veux parler au patron "... »
Mener une entreprise représente un emploi du temps chargé.
« Oui, c’est des heures ! Mais on le fait parce que ça nous plaît. Cela étant, quand on devient gérant, on devient moins libraire. C’est énormément de paperasse. Heureusement, j’ai des comptables pour m’aider ». Elle considère que sa formation à l’Iméa, école de la CCI de Besançon, a été suffisamment solide.
« J’y suis allée après un bac scientifique au lycée Edgar Faure, à Morteau. J’ai suivi la formation gestionnaire d’unité commerciale puis le bachelor responsable de développement commercial, en alternance. J’ai beaucoup aimé. Les intervenants sont des professionnels qui apportent leurs connaissances de terrain. C’est une formation très pratique qui permet d’arriver sur le marché du travail en ayant déjà de l’expérience ». Des études qui lui ont permis d’aborder la reprise d’entreprise sans trop de difficultés.
« J’ai été aidée par Initiative Doubs avec des conseils et de l’aide juridique, mais dans l’ensemble, j’avais déjà vu ce qu’il fallait à l’école. En sortant de l’Iméa, je savais lire un bilan comptable, je savais remplir un dossier de banque ».
S.P.
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