C’est un vélo
« à mi-chemin entre le vélo mécanique et le vélo électrique », résume Jean Mougenot. En 2021, cet étudiant à l’
UTBM termine son cycle d’ingénieur en conception mécanique. Durant les derniers mois de son cursus, il a commencé à réfléchir à un projet : le développement d’un vélo.
« À l’origine, c’était pour mettre au point un portfolio que j’aurais pu présenter à des entreprises, pour me faire embaucher », raconte celui qui, après une alternance chez PSA, souhaitait passer de l’automobile au vélo.
Finalement, Jean rempile pour un an de master « entrepreneuriat technologique et industriel » dans son école et continue de plancher sur ce projet de deux-roues, qu’il veut
« très simple ». « En alternance en région parisienne, je me déplaçais exclusivement à vélo », explique l’entrepreneur. S’il voit vite l’intérêt de ce mode de transport, il en perçoit également les limites :
« Quand on fait plus de 100 km par semaine, avec des côtes, sans qu’il y ait toujours de piste cyclable… le vélo mécanique n’est pas idéal. » En bon ingénieur, il imagine alors un compromis entre l’électrique et le mécanique :
« Un vélo léger, avec une batterie qui se recharge facilement et donne un coup de pouce dans les montées et au démarrage. » Il rêve ainsi d’une
« 2CV du vélo, techniquement intéressante et peu chère. » Une idée
« à contre-courant », assume-t-il, dans une société où règne l’obsession de la performance et du suréquipement.
Les premières versions du Parco naissent donc sur papier, puis en prototypes. Jean s’appuie sur les ressources mises à disposition à l’
UTBM : une impression 3D métal sur le site de Montbéliard, des ateliers d’usinage à Belfort et à Thévenans… Après quatre versions d’ « essai », la question de la commercialisation se pose :
« Je devais choisir entre continuer ce projet ou trouver un travail salarié… Comme j’avais déjà fait tout ce chemin… », sourit l’ingénieur. Il tranche donc pour ce
« beau défi ». En 2023, le Parco 005 est disponible à la vente.
Un vélo « 100% européen le plus vite possible »
« Nous avons dû développer notre propre batterie et faire un gros travail de sourcing pour trouver les composants adéquats », souligne Jean. Car l’entrepreneur ne s’est pas facilité la tâche :
« L’un des piliers de Parco Cycles est de relancer l’industrie du cycle en France ». La fabrication des cadres de vélo a en effet été largement délocalisée, principalement en Asie, au cours des dernières décennies. Jean et son équipe ont donc décidé de
« se réapproprier d’anciens procédés, en les adaptant à des moyens modernes. » D’abord dans les locaux de l’
UTBM, puis maintenant dans ses ateliers au Techn’hom,
Parco Cycles a ainsi appris à manier les techniques de fonderie et d’assemblage de tubes, propres à la construction d’un cadre.
« Notre objectif est de faire en sorte que nos vélos soient 100 % européens le plus vite possible », avance Jean.
En 2025, une nouvelle version de Parco, le « 006 », est sorti.
« Nous proposons donc deux formes de cadres, ainsi qu’un dérailleur en option », détaille Jean. Après une vague de précommandes, l’équipe de trois mécaniciens s’est mis à l’ouvrage entre début novembre et fin décembre pour sortir 80 vélos de son usine.
« Depuis, nous avons reçu les pièces pour en fabriquer 100 supplémentaires » se réjouit le fondateur de la petite entreprise, qui compte désormais cinq salariés.
Parco Cycles a même ouvert une boutique à Strasbourg :
« Pour la première fois, on va fabriquer des vélos en plus de ceux commandés », note Jean. Objectif : 10 000 vélos par an !
« Mais nous ne voulons pas aller trop vite, d’autant plus que le marché du cycle traverse une période difficile ». Pour accéder pas à pas à ce palier,
Parco Cycles est soutenu par l’
Ademe, à travers France 2030, qui finance une trentaine de projets visant à développer le vélo. Cinq ans après l’émergence d’une idée destinée à rester sur le papier, Jean continue donc d’avancer, à une allure douce mais déterminée, à l’image de ses « Parco ».
Camille Jourdan
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