Une jeune femme qu’un membre du bureau des étudiants embrasse de force, un étudiant harcelé par l’une de ses professeures… Voici quelques-unes des histoires rencontrées dans
Sous silence, une BD réalisée collectivement par des étudiants et étudiantes de l’UMLP, et illustrée par une dessinatrice bisontine, Morgane Malapert.
« Dans le cadre de la lutte et de la prévention des violences sexistes et sexuelles, nous avions envie de proposer un outil ludique et pérenne », explique Marine Saget, chargée de mission Lutte contre les discriminations au Crous Bourgogne Franche-Comté, structure qui a porté le projet avec l’UMLP ; financé par la CVEC (1), la Région, Grand Besançon Métropole et l’Agence régionale de santé.
5 histoires coconstruites
Durant huit semaines, Morgane Malapert, Marine Saget et Camille Montes, psychologue à l’UMLP, ont ouvert leurs ateliers aux étudiantes et étudiants volontaires. Ludmila, alors étudiante en 1re année de droit, a fait partie des plus fidèles participantes :
« Au début de chaque séance, il y avait dix minutes pour nous en apprendre plus sur les VSS : des chiffres précis, la vision de l’agresseur, quelles réactions adopter…. » Le groupe constitué a également réfléchi collectivement à la manière de parler de ces problématiques en BD.
« C’est un medium qui ne fait pas trop peur, et qui permet de parler de violences sans les montrer », constate Morgane Malapert.
« C’est plus simple et plus efficace de faire passer des messages avec des dessins, renchérit Ludmila,
il n’y a pas forcément besoin de lire, donc même si on ne parle pas la langue, on peut comprendre. » Dans les pages, les violences sont suggérées, ou se passent parfois « entre » les cases. Les expressions du visage des personnages traduisent aussi des émotions fortes, liées à ces violences.
Pour arriver à ce résultat, plusieurs étapes ont été nécessaires : d’abord définir des thématiques, telles que la honte, l’abus de pouvoir, la colère… Puis écrire les scénarios de cinq histoires, abordant des situations différentes.
« Celle qui m’a le plus marquée, c’est la dernière, sur le bizutage au sein d’un BDE, confie Ludmila.
On a toutes déjà entendu des histoires de ce genre. » Place ensuite au storyboard : quelles actions pour chaque case ?
« Pour chaque histoire, il y a une scène d’ouverture, d'ambiance, puis une chute avec une résolution, ou une interrogation », décrit Morgane Malapert, qui a aussi veillé à ce que les étudiants fassent varier
« les plans et les tailles des cases ». En leur transmettant ce savoir-faire, elle voulait aussi leur montrer
« qu’il ne faut pas nécessairement bien dessiner pour faire de la BD. » Si c’est son trait aquarellé qui figure sur la BD finale, chaque participant a pu esquisser des dessins, imaginer les personnages, écrire les dialogues…
« J’adore le résultat final, rapporte Ludmila.
Rien d’essentiel n’a été changé, nos idées ont vraiment été respectées. »
Un tome 2 pour 2027
À la fin de chaque histoire, une fiche « théorique » vient décortiquer les mécanismes de violence en place dans la situation racontée : l’emprise, l’absence de consentement éclairé…
« Je souhaite utiliser cette BD en séance, lorsque je reçois des victimes ou des auteurs de VSS », confie Camille Montes, qui intervient à la
cellule de signalement SOS de l’UMLP ainsi qu’au service de santé étudiante (SSE).
Sous silence sera également mis à disposition gratuitement dans différents espaces de fréquentation de l’université : la Maison des étudiants, le Live, les halls d’accueil de certains bâtiments… Et pour celles et ceux qui auraient à cœur de parler des VSS et de participer à la réalisation d’une bande dessinée, un tome 2 se prépare, avec les trois mêmes encadrantes.
« Il y a encore des thématiques que nous n’avons pas abordées, notamment les cyberviolences », justifie Marine Saget. Rendez-vous chaque mardi (depuis le 6 octobre), de 18 à 20 heures, à la Maison des étudiants.
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