Il est meilleur jeune berger à la fois de France et d’Europe. Un double titre honorifique obtenu lors des Ovinpiades du salon de l’agriculture, en février dernier. Mais un titre de prestige obtenu parmi 40 concurrents et après un programme complet : manipulation d’animaux, choix d’un bélier, parage de brebis, tri d’agneaux, pose de clôture électrique, reconnaissance des races, quiz général sur la filière ovine. Le jury suit de près la fluidité et la rigueur des gestes. « Le plus compliqué était la pose de clôture. C’est une nouvelle épreuve et tout le monde se plantait. J’ai observé ceux qui passaient avant moi et en analysant, je me suis dit qu’il ne fallait jamais faire un geste sans rien dans les mains ». Un détail qui lui a peut-être vallu la victoire. Professionnellement, il veut devenir technicien en génétique animale, « un métier où l’on est tout le temps dans la réflexion et l’analyse ». Le rôle est d’améliorer une race sur tous les plans. « On s’intéresse à l’esthétique, à la production de lait et de viande, aux qualités maternelles, à la résistance aux maladies, etc. »
En 2025, Romain Rogemont avait terminé 2e. En 2026, il remporte le titre l’année où il termine ses études avant d’entrer dans la vie active en septembre. Son cursus : bac S à Nevers, BTS production animale au CFPPA de Charolles, licence pro audit et génétique en élevage à Limoges. Cette année, il est en certificat de spécialisation ovin, en alternance au CFPPA et à l’Organisme de sélection du mouton charollais. « J’ai fait ce CS pour le côté pratique. Je voulais un parcours complet ».
Berger au pays des vaches charolaises, ce n’est pas si paradoxal. Le mouton charollais est moins connu que son homologue bovin, mais tout le monde ne sait pas non plus qu’il existe 56 races de moutons officiellement reconnues. « Le charollais est une race bouchère créée autour de Charolles dans les années 60, reconnu par le ministère de l’Agriculture dans les années 70, relate le jeune homme. C’est un mouton trapu, massif, une race lourde avec des brebis de 90 kg et des béliers de 130 ». Oubliez le fromage ou la laine - « c’est la pire race pour ça » -, l’important c’est la viande.
Romain vient d’une famille d’éleveurs d’Alluy où il est né il y a 21 ans. Ses parents ont adhéré en 2011 à l’organisme du mouton charollais, où se retrouvent 110 exploitants de toute la France, mais principalement en Bourgogne. « Si j’en suis là, c’est grâce à mes parents, grâce à ce mouton. C’est mon quotidien, je ne travaille qu’avec des moutons charollais, dit-il. J’aide mes parents, mais à leurs côté, j’en apprends encore tous les jours. » Il aimerait bien être « double actif », technicien en génétique dans un premier temps et exploitant à moyen terme. Son cursus correspond au parcours dont il a envie depuis tout petit. « Je savais ce que je voulais » affirme-t-il. « Voir le programme génétique améliorer la race d’année en année m’a donné le goût de m’y lancer. C’est un des meilleurs leviers mais c’est aussi une remise en question constante. En tant que technicien, j’ai envie d’accompagner les éleveurs, de participer au programme de sélection, même d’organiser des concours et événements ». Il a obtenu son titre de meilleur berger par intérêt pour le concours plus que pour ajouter une ligne à son CV. « De toute façon, la filière recherche des professionnels. On travaille facilement. J’espère pouvoir rester dans le Charolais, mais si ce n’est pas le cas, on verra ».
S.P.
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