L’an dernier, son premier film a marqué Photophore, festival dijonnais de courts métrages :
Last a obtenu le prix du public et le prix du meilleur film dans la catégorie -18 ans.
On peut le voir sur youtube, c’est une réussite.
Ecrit après la pandémie covid, il parle d’un monde qui s’effondre, « postapocalyptique ». Yoan Perniceni l’a réalisé avec peu de moyens, sans expérience, en utilisant des tutos youtube pour maîtriser l’animation. Au départ, c’était un projet pour le bac.
« J’étais en terminale au lycée Henri Parriat, à Montceau-les-Mines, en spécialité arts, cinéma, audiovisuel. Au départ, je pensais filmer avec des acteurs, mais comme c’était compliqué, je me suis dit que j’allais le faire en animation. Je l’ai fait avec Blender, à l’internat, sur mon temps libre, avec la tablette graphique de mon père. Chaque objet était fait à la main, c’était image par image. C’est long, surtout quand on apprend. C’était très intense, j’ai fait un burn out» En autodidacte, il a créé décors, textures, personnages, jeux de lumière, en 3D et 2D .
« Je voulais une esthétique particulière, avec un rendu BD. » Sur le site de l’Aparr, il décrit son style visuel par une esthétique sombre et contrastée, avec un travail particulier sur la composition et la lumière.
Après son bac, il est parti 2 ans à
Creasup, école de jeux vidéo de Tonnerre, mais il a arrêté.
« Je voulais être directeur narratif ou directeur artistique dans le jeu vidéo, mais aujourd’hui, je suis beaucoup plus tourné vers le cinéma. C’est plus vivant et humain, on bouge plus, on est plus au contact des autres que dans un bureau, derrière l’ordi ». Même s’il a appris comment faire de l’animation, ce qui le fait rêver, c’est le plateau et les acteurs.
Il a apprécié les côtés technique et informatique, mais regrette l’arrivée de l’IA.
« On ne fait plus rien car l’IA fait mieux et plus pro. Ça ne m’intéresse pas. Je ne suis pas contre l’IA mais si ça reste un outil, qui peut aider un problème technique, par exemple rétablir le son d’une scène, pas quelque chose qui remplace certains métiers. »
A 20 ans, le jeune homme originaire d’Autun a décidé de monter sa société de production,
Onir, qui propose des vidéos pour des professionnels et sert de support à ses propres films.
« Je suis dans une année de césure pour voir si j’arrive à en vivre ». Après
Last, il a participé au Nikon film festival avec
The Art of destruction et a terminé le scénario d’un long métrage,
Shattered light. Avec la conscience de se lancer dans une aventure compliquée.
Cinéaste cinéphile
« Depuis que j’ai fait Last, j’ai pu participer à des festivals, rencontrer des professionnels, apprendre plein de choses. Ça ne suffit pas. C’est un milieu de réseau, il faut avoir un pied dedans. Et trouver des financements, c’est le plus compliqué. Même au Nikon festival on est face à de très grosses prod. Quand on débute, on se demande si on est légitime. Je pense qu’il ne faut pas se dire ça. Il faut se dire "je tente". »
Comme tout cinéaste qui se respecte, il est d’abord cinéphile.
« Je vais voir beaucoup de films. J’adore la SF, la dystopie. J’aime le cinéma qui aide à comprendre l’humain, plus que l’action pure. Parmi les cinéastes, je suis particulièrement Wes Anderson, un réalisateur qui s’affirme, dont on reconnaît le style. C’est plus rare qu’avant. Il y a des esthétiques visuelles qui me marquent, comme les deux premières saisons de la série Euphoria. » Il cite aussi
Jurassic park,
« pour essayer de comprendre comment ça a été fait », le 2e Joker,
The Substance, film de body horror français avec Demi Moore et regrette qu’en France le cinéma de fiction soit très bloqué comédie. En plus de son activité, il essaie de soutenir ceux qui essaient de faire des films. Le 11 avril, il a organisé une soirée intitulée « Un cinéma qui ose » à
la Scène des quais à Auxerre. Une soirée projections et discussions gratuite avec l’idée
« de mettre en avant du cinéma étudiant et indépendant, des courts-métrages qui sortent un peu des formats classiques qu'on a l'habitude de voir ». « On a été étonné du monde qui est venu, sourit-il. J’aimerais le refaire, le temps de trouver des courts métrages ».
S.P.
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