L’an dernier, Camille Aubry a remporté le 3e prix national du concours des Crous dédié au théâtre, après avoir été lauréate régionale. Son projet, Des oiseaux de fer, a été présenté au festival Eclosion 2025. « C’est hyper marquant dans mon parcours, dit-elle aujourd’hui. Ça donne un élan. D’abord parce que j’ai pris énormément de plaisir de A à Z alors que je n’avais pas d’expérience de ce type. Ensuite, parce que cela représente la potentialité d’être vue et une légitimité, surtout pour une jeune femme, car on sait que dans certains milieux dont celui du spectacle, c’est difficile. J’ai pu avoir des retours de professionnels, avec pas mal d’éléments auxquels je n’avais pas pensé et j’ai pour ambition de le retravailler plus tard ». Elle n’oublie pas d’associer l’équipe, rencontrée au Théâtre universitaire ou au conservatoire de Dijon. « Je ne pensais pas qu’on arriverait à ça. Au concours, on était face à des semi-pros. On peut faire des choses chouettes en amateur, j’ai trouvé ça beau ».
« Quand quelque chose nous appelle, on y revient »
Camille Aubry sera de nouveau à Eclosion cette année, dans Les Penn Sardin, encore une création du TU, menée par Charlotte Château et Nicolas Dewynter. « La mise en scène et l’écriture me plaisent, mais être comédienne m’intéresse aussi. Tout se complète ». Inscrite en cursus théâtre au conservatoire, dans un cycle spécialisé en vu d’une professionnalisation, elle apprécie de pouvoir toucher à tout, « clown, marionnettes, danse, textes classiques. C’est complet ». Installée depuis 4 ans à Dijon, la jeune femme d’Oyonnax poursuit un rêve, « écrire, faire de la mise en scène, monter une compagnie ». Il n’est pas nouveau. « A l’école primaire, j’ai intégré une classe cham (classe à horaires aménagés en musique). On avait fait une comédie musical, j’avais adoré. Au collège, j’ai suivi des cours de théâtre, puis j’ai arrêté. J’ai fait un bac agricole et un BTS environnement. Pendant plusieurs années, j’avais la sensation de perdre mon temps, mais ce n’est pas grave, on ne perd jamais de temps. Sans ces étapes, je ne serais pas ce que je suis. Ensuite, je me suis orientée vers l’organisation culturelle, mais en arrivant à Dijon, le théâtre me manquait trop. C’était le plateau que j’adorais. Je suis allée au conservatoire et j’ai été prise. Je me souviens qu’un jour un prof m’a dit : « Quand quelque chose nous appelle, peu importe les détours, on y revient » ».
Elle dit adorer passer ses journées à chercher, créer, monter des choses, en étant constamment avec d’autres passionnés. « Des liens se créent entre nous. Je crois que je préfère même plus le processus de création, à chercher ensemble, que la restitution ». Au Théâtre universitaire pour la 3e année, elle décrit « un lieu génial avec des gens de tous horizons, pas seulement des étudiants. On s’occupe tous de tout : la prod, la recherche de subventions, l’organisation des ateliers. On a accès au théâtre Mansart, c’est tellement bien de pouvoir travailler sur une vraie scène, avec des techniciens comme on a pu le faire avec Paul Deschamps, technicien lumière, sur Des oiseaux de fer ».
Ecologie et catastrophe
Son texte, qu’elle a également mis en scène, décrit un monde postapocalyptique où des survivants se posent des questions sur le progrès et la destruction. « Ce sont des hommes ou des oiseaux, c’est flou. J’aime ne pas donner de réponses trop claires. » D’où vient-il ? « De moi, de mes angoisses et de quelques recherches. Mon prochain projet va encore parler d’écologie et de catastrophe humaine, mais je repars là-dedans en me basant sur les angoisses d’autres jeunes de 18 à 25 ans. Ce sera plus documentaire ».
Elle profite de ses études pour se construire une culture, alors que ses parents ne viennent pas de ce milieu « qui leur semble obscur et pas viable ». Elle va aussi beaucoup au théâtre. « C’est indispensable et c’est une source d’inspiration. J’étais rebutée par les classiques à cause de l’école, mais le conservatoire a fait évoluer mon regard. L’an dernier, on a fait Platonov et je me suis surprise à apprécier la langue de Tchekhov. On va faire Shakespeare, j’espère accrocher. Je ne suis qu’à mes débuts de découverte, mais je suis curieuse. »
Comme il n’y a pas que le théâtre, elle regrette qu’il n’y ait que 24 h dans une journée. « J’ai toujours aimé la création manuelle. Le crochet et le tricot, ça défait les nœuds dans le cerveau. Je fais aussi de la musique, du chant, de la photo, mais ça reste caché. J’ai besoin d’être sûre d’avoir un minimum de qualité dans ce que je fais avant de montrer, sinon je me sens fragile. C’est paradoxal car je me dirige vers des métiers qui obligent à être vulnérable. Faire du théâtre, c’est assez violent ».
Stéphane Paris
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