Pour la première fois cette année, le Crous de Bourgogne-Franche-Comté a décidé de faire appel à un jeune artiste pour illustrer les plaquettes de sa saison culturelle. Julian Lagoutte, 30 ans, est le premier à bénéficier de ce coup de projecteur. Il décrivait ainsi ses choix pour les visuels du premier semestre :
« des plateaux sur lesquels se déposent des figurines à la manière d’un jeu ou d’une scénographie de théâtre forment des petits mondes qui illustrent les programmes du Théâtre de la Bouloie, du Théâtre Mansart et le Café International. Mon idée était de donner un état d’esprit en partant de mots clés tels que multidisciplinaire, généreux, transversal, dans un style graphique qui rappelle l’identité préexistante ». Le Crous lui a aussi permis d’exposer « Paysages à trous » au théâtre Mansart en janvier et lui a confié l’animation de 2 ateliers à Besançon et Dijon, auxquels ont participé une dizaine d’étudiants.
« Je les ai fait travailler sur un projet de disques illustrés, en réfléchissant sur l’idée d'animation en cercle. » Un projet sans doute inspiré de sa BD rotative
Les Astronomes et
« qui s’est très bien passé. » Il lui a permis d’associer sa spécialité de design graphique, son esprit ludique et un intérêt pour la médiation culturelle.
Le jeune homme de Chalon-sur-Saône s’est orienté vers les arts plastiques après un bac scientifique.
« A ce moment-là, je me suis dit que finalement, je tenterais bien les arts platiques. C’était vraiment ça qui m’intéressait. J’ai fait un an de prépa aux beaux-arts de Beaune, avant 5 années en design graphique aux beaux-arts de Valence. » Il se souvient que
« petit », il
« a toujours aimé dessiné, créer, construire des maquettes, des Legos, inventer des jeux de société ». Très jeune, il a assisté à des cours aux beaux-arts.
« Ça m’a vraiment plu. Je crois que ce qui m’a attiré, c’est le fait d’inventer des histoires, des mondes. Il y a un côté un peu narrateur dans ce que je fais ».
L’Ecole supérieure d’art et design de Valence est réputée dans le monde du design graphique.
« Y étudier n’a fait que confirmer mon envie. Ce qui m’a le plus apporté, c’est la rencontre avec des profs qui ont leur référence, leur vision du design graphique. Et l’école était beaucoup portée sur l’aspect pédagogique, didactique des choses ». A Valence, il a continué à explorer le rapport jeu/graphisme, rédigeant un mémoire à ce sujet. Il écrivait alors :
« Le jeu n'est pas seulement une ctivité marginale à laquelle chacun s'adonne pour son plaisir. Ce mot de trois lettres avec lequel nous sommes si familier, cache en réalité une complexité de notions qui s'entremêlent. C'est cette complexité que j'ai tenté de disséquer dans ce mémoire, tout en questionnant l'analogie trop répandue entre jeu et divertissement, pour me poser la question suivante : et si le design graphique pouvait être joué ? Je tente alors, à la manière d'un « explorateur du jeu», de déceler la jouabilité du design graphique. Comment un designer peut-il jouer sa pratique et en quoi ceci peut-il faire office de méthodologie de travail ? »
Après l’Esat, avec un diplôme national d’arts et techniques et un diplôme national supérieur d’expression plastique, il avoue qu’il
« ne savait encore pas trop quoi faire ». Le service civique lui a ouvert de nouvelles perspectives.
« Je l'ai fait à la Maison-phare à Dijon, comme animateur. J’encadrais des ateliers de sérigraphie et d’arts plastiques. J’ai découvert la médiation par le graphisme. Je ne pensais pas être fait pour ça, mais c’est arrivé naturellement. Le service civique m’a apporté un complément dans le rapport au public, qui était constitué de nombreux enfants et quelques adultes. »
Aujourd’hui, il travaille à mi-temps à l’association
Tache Papier, imprimerie qui développe des projets artistiques autour de la sérigraphie, la gravure ou encore la risographie. Le reste du temps, il est artiste-auteur à son compte au sein de l’Atelier Moche avec 7 autres artistes indépendants, créant des affiches pour La Vapeur ou intervenant aux Ateliers Vortex. Il a aussi un projet avec le Signe, centre national du graphisme à Chaumont. Se faire un nom n’est pas le plus aisé dans son domaine, mais
« petit à petit, les projets arrivent ». Quant à sa créativité artistique, chacun peut s’en faire une idée sur le shop de son site : ses risographies telles que
Sans dessus dessous ou
Ascension glissante ouvrent la porte à l’imaginaire narratif de chacun.
Stéphane Paris
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