Depuis qu’elle a écrit
QUAI en dernière année de master arts de la scène et du spectacle vivant à l’Université de Toulouse, Karine Bayeul n’arrête plus : elle est dans l’écriture de son quatrième spectacle,
MEDEES, après
SOEURS présenté l’an dernier à Eclosion et
SUPERMARKET programmé pour
l’édition 2026 du festival. Les titres sont en majuscule :
« J’ai commencé avec QUAI parce qu’il y a une référence aux noms de stations de métro et pour transcrire l’idée de bruit. J’ai trouvé logique de continuer ».
Après la création de la compagnie Tunnel,
MEDEES, en 2027, sera son premier spectacle professionnel. La pièce se déroulera dans une grotte.
« Tout ce qui est souterrain m’intrigue beaucoup. Ce sont des espaces réels qui peuvent aller vers l’imaginaire. Il y a des rapports avec l’inconscient, le moi intérieur, l’errance, l’imprévu ». Un matériau riche
qu’elle n’a pas fini d’explorer : dans son premier spectacle, quatre protagonistes créaient d’autres mondes.
SOEURS raconte une révolte féministe
« en rapport avec la forêt et son côté onirique, les racines de l’arbre ».
SUPERMARKET, dans une ambiance colorée et des chansons yéyé, est un peu différent, mais on y retrouve le thème des voies de communication, par la radio.
MEDEES prendra la suite de la tragédie grecque et trouvera Médée entre chagrin et deuil, en plein questionnement sur la maternité, avec la figure de l’ogresse en surplomb. C’est aussi la rencontre de 2 femmes, jouées masquées par Karine Bayeul et Eve Meslin, également coécrivaine du projet. Pour la mise en scène, ellr s’est associée avec Hélène Luizard.
Tout cela est décrit de manière passionnée. Pourtant Karine Bayeul a abordé le théâtre de manière prudente, pas à pas.
« Ça a été compliqué. Je viens d’une famille qui n’allait pas au théâtre, ni au cinéma. Il a fallu beaucoup de temps et beaucoup de personnes qui m’encouragent pour que j’aie le courage d’y aller. J’ai commencé le théâtre au lycée, en option, mais je me disais que ça resterait une passion. Je me suis inscrite en licence de géographie à Dijon, mais parallèlement j’ai suivi les ateliers du Théâtre universitaire comme comédienne. J’y suis restée 3 ans, dont 2 au bureau et 1 comme présidente. L’idée de vouloir faire mon métier dans le spectacle grandissait, alors je me suis inscrite au conservatoire. J’ai commencé comme comédienne, mais je me suis aperçu que j’aimais beaucoup regarder les autres, faire de la direction d’acteurs, de la dramaturgie. Ensuite, je suis partie en master à Toulouse. Dans ce parcours, j’ai pris petit à petit goût à la mise en scène puis à l’écriture, mais toujours avec le doute de ne pas me sentir légitime. »
Une fois les appréhensions dépassées, l'engagement est entier. Aujourd'hui, écrire, jouer, mettre en scène se complètent.
« Avec QUAI, j’ai commencé à théoriser, à essayer des choses en plateau et tout ça m’a vraiment plu. J’aime beaucoup les trois. Ça permet de varier. Et ça se croise. Quand je mets en scène, j’ai des élans de comédienne. Quand j’écris, j’ai des idées de mise en scène, même s’il faut accepter que tout ne soit pas défini car ensuite on travaille avec l’énergie des comédiens. »
Dijonnaise d'adoption
Elle dit aller voir beaucoup de pièces, mais se tient à distance du répertoire. Pour l’instant.
« J’aime beaucoup Les Bonnes ou Don Juan, mais je me suis mise à écrire pour concrétiser les histoires dans ma tête. Mais pourquoi pas plus tard, si j’ai accès à de gros dispositifs, avec l’esprit de casser la lecture ». Elle cite aussi la
Cie Baro d’Evel, sa capacité à mêler poésie et humour absurde,
« à déborder de la représentation et de la scène ».
Elle est née à St-Dizier il y a 28 ans, elle a fini ses études (master et conservatoire) à Toulouse, mais c’est à Dijon qu’elle se sent à l’aise.
« Je voulais revenir ici pour retrouver certains amis, parce que j’avais initié un réseau et parce que c’est un cocon à taille humaine. A Toulouse, on est noyé dans la masse, j’avais l’impression que ce serait moins facile. » Elle n’a pourtant pas choisi la facilité en changeant d’orientation, mais même si elle s’aperçoit que la cartographie, la géographie viennent s’immiscer dans ses thématiques, elle ne ressent aucun regret.
« Je ne suis pas du tout travail de bureau. Mais il a fallu que je découvre, que je fasse des rencontres pour passer le cap et me rendre compte que c’est le théâtre qui vibrait, que c’est ce que je voulais faire. Mais rien que de m’inscrire au conservatoire, c’était énorme. C’était passer d’un monde à un autre, Karine de la campagne qui n’a jamais trop lu dans un univers auquel elle n’appartient pas. Aujourd’hui, après tout ce chemin, ce serait compliqué de laisser tomber. Même si c’est dur, je ne peux pas ne pas continuer. C’est tellement bien qu’il n’y a pas d’autre option. »
Stéphane Paris
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