« Les jeunes de 7 à 77 ans » : un slogan de BD que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. La bande dessinée parle-t-elle aux jeunes aujourd’hui ? Oui si l’on considère le manga qui a accompagné l’attrait des nouvelles générations pour la culture japonaise ou encore les comics, partie prenante, de leur côté, de l’univers geek. Mais la question est moins évidente pour la tradition européenne. Une question que ne se posent pas Gilles Poussin, Jean-Marc Loiseau, Jean-Pierre Vienney, Jean-Christophe Persot, André Sapolin et François Lassus : tous amateurs de BD de longue date, ils ont lancé cette année un magazine nommé Dessins comtois. Un magazine qui veut mettre en lumière des auteurs régionaux méconnus. Deux numéros sont déjà parus, le 3e arrive le 1er septembre. Axe principal : faire découvrir des dessinateurs francs-comtois méconnus. Et il y a de quoi faire :
« La Franche-Comté semble avoir été et être encore un vrai terreau pour la bande dessinée et l’illustration » écrivent-ils dans leur présentation du magazine. Leurs sommaires en témoignent, en faisant ressurgir des noms comme Bussemey, Nourry, Humbert, Christophe, Gigi…
Leur passion commune s’est véritablement transformée en projet éditoiral avec Jean Cézard. Un dessinateur haut-saônois (1924 – 1977), créateurs de Yak, des Rigolus et Tristus ou d’Arthur le fantôme, son personnage le plus connu. La création d’une exposition pour le centenaire de sa naissance a été amplifiée jusqu’à un hommage de son village natal, Membrey, avec inauguration d’une place Jean Cézard en octobre 2024 et création d’une fresque par l’artiste
Syrielle Arts.
« Tout ça est parti d’un petit texte de Jean-Pierre Vienney sur internet à propos de Cézard, raconte Jean-Marc Loiseau.
On a fait une émission de radio pour le centenaire de la naissance du dessinateur et le courant est passé entre nous. On s’est dit qu’il y a d’autres dessinateurs oubliés et effectivement, il y en a beaucoup ». Ces historiens, horloger, maquettiste, créateur graphique ont mis en commun des compétences complémentaires en plus de leur envie de raconter des histoires et de faire revivre le patrimoine.
« De fil en aiguille, au cours des recherches, on tombe sur de nouveaux noms. Par exemple Kerleroux, qui habitaiet Besançon et qui qui a dessiné pour Le Canard enchaîné, Calvi, lui aussi de Besançon ou encore Joseph Val de Lons-le-Saunier. En fait, je suis surpris par le nombre de dessinateurs. »
Mais ils ne se focalisent pas uniquement sur les auteurs d’ici : toute anecdote reliant le monde de l’illustration et le territoire est bonne à prendre, à l’image du passage de
« René Goscinny venu en catimini en Franche-Comté réaliser une revue de BD dans les années cinquante », au sommaire du numéro 2. Le sujet est si vaste que sans se contenter d’un trimestriel de 24 pages, l’association Dessins comtois annonce deux numéros spéciaux par an. Des thèmes comme le fromage, Lip, l’absinthe, Bernard Clavel, Courbet sont dans les tuyaux.
« Cela dit entre l’achat d’archives, l’impression, le travail de maquettage, c’est un coût et l’on est toujours à la recherche d’annonceurs »
En vente 6 euros dans des librairies de la région (ou par abonnement), Dessins comtois a d’emblée trouvé un public.
« Le premier numéro est épuisé. Dans l’ensemble, on a de très bons retours. Dont certains venant de jeunes, à l’image de l’enfant de 10 ans rencontré au moment de l’inauguration de la place Cézard. »
S.P.
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