« En 2011, je m’occupais de l’école de tennis à l’ASPTT Dijon et Loïs est venue effectuer un stage découverte Elle avait huit ans. J’ai organisé des tests, comme toujours, pour constituer les groupes. D’abord un premier test physique et là, j’étais déjà étonné de ses perfs, je n’avais jamais vu une explosivité pareille. Ensuite, sur le test de vitesse, je me suis dit « là j’ai affaire à une bombe ! ». Raquette en main, elle renvoyait la balle après un seul rebond en se plaçant sans aucun problème. Quand j’ai vu ça, je me suis dit « il y a quelque chose à faire ». Je suis allé parler à sa mère après la séance et lui ai dit « cela fait 40 ans que je suis dans le tennis et je n’ai jamais vu une fille de cet âge avec ces qualités-là ! Si on met en place un programme dès maintenant, elle pourra atteindre le haut niveau. »
Le lendemain, elle est revenue avec son mari, on a échangé et ils m’ont dit « banco ». J’ai expliqué le plan : « Si je la prends, c’est quatre séances d’une heure trente par semaine ». J’ai toujours mis l’accent sur ses points forts : le physique, le service et le coup droit. Elle était très motivée, ne pensait qu’au tennis, ne voulait jamais s’arrêter. Son idole, c’était Nadal. A 11 ans, elle avait été convoquée à une détection fédérale mais n’a pas été sélectionnée parce qu’elle s’énervait trop facilement. Verdict : « elle ne fera jamais de haut niveau ». Moi je réponds : « j’y crois, je continue ». C’est vrai qu’elle pouvait « partir en vrille » parce qu’elle n’acceptait pas de rater et se frustrait. Lorsque je n’arrivais pas à la calmer, j’arrêtais la séance et on reprenait le lendemain. Vous savez, Federer et beaucoup d’autres étaient aussi comme ça quand ils étaient jeunes. On a travaillé là-dessus parce que celui ou celle qui ne parvient pas à canaliser ses émotions ne passe pas. Loïs arrive à se contrôler maintenant, pourtant ça doit bouillir à l’intérieur… Elle a bénéficié aussi d’un environnement familial idéal car ses parents connaissaient tous les deux le sport de haut niveau, cela a beaucoup compté. La maman l’accompagnait, le papa est venu au début voir si les séances étaient de qualité. Jamais ils n’ont contesté ou critiqué le travail effectué. Moi, j’allais les voir souvent chez eux pour échanger sur l’évolution de Loïs. Puis elle a quitté Dijon à 12 ans parce que son papa est allé travailler à Monaco. Elle a ensuite toujours eu des bons entraîneurs qui l’ont fait évoluer. Aujourd’hui, elle est entrée dans le top 40, je ne
vois pas pourquoi elle ne résisterait pas à cette pression. Elle a encore de la marge, côté revers, surtout sur terre battue. J’ai hâte de voir son début de saison ! »
Recueilli par Christophe Bidal
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