Elle est entrée dans le grand monde du tennis comme un cow-boy dans un saloon, sans s’annoncer et à grand coups d’épaule. Au printemps dernier, à Roland-Garros, Loïs Boisson, quasi inconnue au bataillon, se maintient « dans la zone » pendant 10 jours et écarte une à une toutes les adversaires qui se placent sur son chemin, dont Elise Mertens, tête de série n°24, Jessica Pegula, n°3 mondiale et Mirra Andreeva, n°6. L’épopée électrise la planète tennis et déclenche un ouragan populaire et médiatique sans précédent : 6,4 millions de téléspectateurs se pressent devant la télé à la fin de son match contre Coco Gauff, les spécialistes décryptent les grandes gifles de coup droit qui laminent ses adversaires,
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Voici raconte ses galères passées. Première joueuse de l'histoire à atteindre les demi-finales du grand tournoi parisien en bénéficiant d'une wild-card (1), Loïs confirme quelques semaines plus tard en gagnant le tournoi de Hambourg, bondit de la 361e à la 36e place mondiale et doit apprendre très vite à gérer la pression médiatique.
« Je la vis très bien. J'ai autour de moi des personnes qui s'occupent de ça. On n’a fait que ce qui était obligatoire et cela n’a pas pris le dessus sur le tennis. Je suis restée concentrée sur le jeu. »
Mental d’acier et travail acharné
Rembobinons le fil : le 13 mai 2024, en pleine ascension, la Dijonnaise se rompt un ligament croisé antérieur du genou gauche et doit abandonner sa raquette durant plusieurs mois. Quelques jours plus tard, au soir de l’opération, elle poste sur un réseau social
« c’est le chemin que la vie a décidé de me donner. Maintenant, place à la discipline pour revenir au max ». Courageuse et dotée d’une force mentale inébranlable, Loïs revient péniblement sur le circuit secondaire début 2025, sans sponsor ni structure et contrainte de lancer une cagnotte en ligne pour financer ses déplacements. Avec seulement avec deux matchs WTA (2) dans les jambes, en avril à Rouen, c’est une Boisson fraîche qui débarque Porte d’Auteuil pour la grande fête de l’ocre et qui signe les performances qu’on connaît. Le fruit de son travail acharné, qui lui permettra de découvrir un autre monde, celui des top players, dès les premiers jours de 2026.
« La présaison se passe très bien et j’ai hâte de vivre ça. Je ne me fixe pas d’objectif de classement. L’Open d'Australie va arriver très vite (NDLR : du 12 janvier au 1er février)
et après, on verra… J’ai changé d'entraîneur mais sinon, le staff est resté le même. »
« Le basket, ça n’a pas pris ! »
Après avoir testé le basket, peut-être pour imiter son papa Yann, joueur professionnel dans les années 80-90, notamment à Villeurbanne et à la JDA, Loïs Boisson découvre le tennis vers l'âge de 8 ans.
« Un peu par hasard. J'ai bien aimé tout de suite et j'ai voulu continuer. J’avais des séances individuelles avec Patrick, et en plus, des séances en groupe. » Patrick, c’est Patrick Larose, son premier formateur à l’ASPTT Dijon (lire ici), qui a entraîné le regretté Jérôme Golmard, 22e joueur mondial en 1999. Le coach détecte très vite un potentiel hors du commun :
« Elle courait, elle était adroite, elle se plaçait, elle avait une bonne main, mais un caractère un peu difficile aussi. Les raquettes avaient tendance à voler sur le court. » Cette fragilité mentale s’est estompée mais chaque défaite est un calvaire : après son élimination à Roland Garros, Boisson, très amère, est restée enfermée une heure dans le vestiaire…
Après cinq saisons de collaboration avec Larose, la jeune prodige quitte l’ASPTT mais compte encore pas mal d'amis à Dijon.
« Au vu de mon programme, je n’ai pas l'occasion de revenir souvent mais quand je peux, je le fais pour quelques jours. »
« Je vais m’adapter »
En analysant la saison 2025 de Loïs, on constate que les résultats sont nettement plus probants sur terre battue que sur les autres surfaces.
« C'est juste que j'ai fait beaucoup plus de tournois sur terre jusque-là, se défend- elle.
Maintenant ça va plutôt être 70/30 sur dur. Avec l'expérience et l’accumulation des matchs, je vais m'adapter aux autres surfaces. » Y compris au gazon ?
« Là c'est différent. J’aime la surface mais c’est juste un mois dans l'année. C'est pareil, à force de jouer dessus, au fil du temps, ça va venir. » Les premiers jours de 2026 apporteront quelques éléments de réponse.
Christophe Bidal
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