Aurélien Deque croit en un théâtre ancré dans le territoire, un théâtre qui crée du lien, politique au sens étymologique. Une conviction initiale renforcée au fil d’expériences formatrices.
« J’ai rencontré Christelle Jay quand elle montait sa compagnie Quilombo. Je me suis retrouvé à faire du théâtre en milieu rural en Côte-d’Or. C’était Georges Dandin au milieu des engins agricoles.Tous les soirs on était invités, il y avait un vrai contact avec les habitants ».
Avec la
compagnie du Bondinho, cofondée en 2017 avec Adèle Lerch, il poursuit dans cette voie, montant notamment
Le Roi Lear au sein de monuments historiques, en étant conscient que les classiques peuvent rebuter.
« On dit, on va monter Shakespeare : bof. On dit, mais on va chanter : ah ! Il y aura une buvette : ah ! » rit-il. Le dispositif vise à inclure les habitants amateurs dans le spectacle. Pour préparer
L’Homme des bois de Tchekhov, prévu à la rentrée, il est parti à la rencontre des gens pour les enregistrer.
Auparavant, il se lance dans la direction artistique des
Nuits de Joux avec Loli Jean-Baptiste et chacun d’eux s’est attelé à une mise en scène. Aurélien propose une
Résistible Ascension d’Arturo Ui, la pièce de Bertolt Brecht.
« Je l’ai réécrit pour qu’il s’adapte en dispositif cabaret et immersif. » Et si le
« franchissement du portail du château est une bascule dans les années 30 », il s’agit aussi d’ici et maintenant, de l’impunité du mensonge,
« dans un monde qui a pour guide le rapport de force ». « C’est un crash test : comment une démocratie bascule dans la tyrannie à ciel ouvert ». Côté théâtre, il est dans la recherche de nouvelles formes : plus de gradin, plus de scène, la cour devient théâtre.
La codirection artistique des Nuits de Joux, confiée par le Centre d’animation du haut Doubs pour 3 ans, est une nouvelle étape dans un parcours déjà riche. Né il y a 32 ans dans l’Yonne, Aurélien Deque a grandi dans le haut Doubs. Le spectacle le taraude depuis longtemps, mais au départ, c’était plutôt le cinéma. S’il a joué dans
L’Incroyable Femme des neiges de Sébastien Betbeder ou dans
Fario de la Bisontine Lucie Prost et s’il a des scénarios prêts, c’est désormais le théâtre qui a toute son attention. Nanti d’un master en théâtre et cultures du monde, il est comédien, metteur en scène, directeur et chargé de cours à l’université.
« Auparavant, j’ai aussi fait un an en école d’infirmier, mais je me suis dit autant faire ce que j’aime ». Pendant son cursus, il a passé un an au Brésil en échange universitaire. Au moment d’une politique ultralibérale, il a observé que l’art continuait d’exister, y compris chez les populations pauvres.
« Le soir, ça chantait et ça dansait comme j’ai rarement vu. Je pense que la culture n’est pas seulement une sublimation, mais aussi un besoin viscéral ». Le nom de la compagnie Bondinho est celui d’un des plus vieux tramways du monde, à Rio.
« C’est un tramway qui crée une liaison entre deux populations, deux quartiers qui n’ont rien à voir entre eux. » Pour lui, discuter d’une pièce à la buvette est aussi important que la pièce. Et quand il donne des cours, il le voit comme
« expérience pour faire émerger des singularités qui m’inspirent aussi. Il n’y a pas de descente verticale d’enseignant à élève ».
S’il porte un regard intellectuel sur le théâtre, il n’oublie pas la notion de plaisir.
« Au-delà de l’acte forcément politique, il y a une appétence au divertissement, à l’idée de raconter des histoires pour s’endormir. Les Dionysies, une source antique du théâtre, c’était festif, c’était synonyme de lâcher prise ».
S.P.
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